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Nigéria : la proposition (indécente) de Khadafi

19 mars 2010

Mouhamar Khadafi, le Guide libyen

Devant la resurgence des violences au Nigéria, il semble que toute la planète se sente concernée. Et chacun d’y aller avec son analyse des causes et  des solutions idoines. Mais il en est un (de ces chacuns là), qui a marqué les esprits plus que les autres : il s’agit du Guide libyen Mouhamar Khadafi qui, s’adressant le lundi 15 mars dernier à des étudiants africains réunis à Tripoli, a proposé que le Nigéria soit divisé en deux parties que se partageraient les chrétiens et les musulmans, à l’image de ce qui s’est passé en 1947 dans le sous-continent indien et qui a conduit à la naissance du Pakistan.

La religion n’est pas la (seule) cause des conflits au Nigéria

Tout d’abord, la proposition (indécente) de Monsieur Khadafi me semble pour le moins hazardeuse, parce qu’elle part des prémisses selon lesquelles le problème de fond au Nigéria, se résume en une question religieuse. Or, sur la question, plusieurs analyses concurrentes ont tendance à s’accorder sur la complexité du dossier qui relèverait en même temps de conflits ethniques, religieux et de partage des ressources (agraires notamment).

La proposition khadafienne ne peut prospérer

Mais même si on acceptait l’hypothèse fondatrice de la proposition (indécente) du Guide libyen, force est de constater qu’elle ne paraît pas appropriée, et ce pour au moins trois raisons :

Primo, la séparation des chrétiens d’avec les musulmans ne résoudrait pas pour autant la question des conflits (inter-)religieux, loin s’en faut ! Il n’y a qu’à considérer le cas utilisé par M. Khadafi comme exemple : les problèmes (inter-)religieux sont-ils expurgés du Pakistan et de l’Inde ? Pas si sûr ! Et puis, il ne faut pas oublier qu’au nigéria, il n’y a pas que des chrétiens ou des musulmans ! Il y a, entre autres, les animistes qui, quoi qu’on en parle très peu, devraient représenter une frange importante de la population, dans la mesure où plusieurs de ceux qui se disent chrétiens ou musulmans ne se privent pas de ces pratiques. A cette allure, il faudra bientôt diviser la partie réservée aux chrétiens en celle revenant aux chrétiens-animistes et celle devant appartenir aux chrétiens-non animistes…

Secundo, sur la question du pétrole qui n’a pas fini de cristalliser les énergies opposées au Nigéria, le Guide n’a pas précisé dans quel sens le tracé serait fait pour qu’aucune partie ne se sente lésée dans le partage de l’or noir, principale ressource du pays. Je crois que cette question à elle seule peut invalider la solution khadafienne.

Et enfin, tercio, le raisonnement de M. Khadafi constitue ce que j’appelle une incohérence dynamique : car si on la pousse aussi loin que possible, on s’achemine vers des micro-Etats dont la seule légitimité serait la religion commune à leurs citoyens, ce qui va totalement à l’opposé du trend actuel, qui est plutôt aux grands rassemblements sur la base d’intérêts économiques. Ma question : comment le « père » de l’Union africaine peut-il s’autoriser un tel raisonnement ? A lui de répondre.

Ma solution à moi aux conflits (inter-)religieux

A mon avis, la solution aux conflits (inter-)religieux, ce n’est pas de créer des Etats « religieux » (cela fait partie du problème), mais plutôt d’amener tous les pays à la surface de la Terre à libéraliser la religion. C’est-à-dire que dans n’importe quel pays du monde, tout homme devrait être libre de choisir la religion qui lui convient le mieux. Cette libéralisation a l’avantage, si elle est convenablement appliquée, de faire en sorte que la saine émulation des religions conduise à un monde avec le nombre minimal de religions, les plus mauvaises étant abandonnées parce que personne n’y est plus contraint.

Evidemment, il va sans dire qu’une telle solution nécessite que les adeptes des religions acceptent de respecter les croyances des autres et de se soumettre aux lois des pays ! Toujours est-il que je pense profondément que M. Khadafi a tort de faire cette proposition (indécente). Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggeur africain

Dirigeants africains : « Y a quoi dans pouvoir-la même ? »

10 février 2010

Umaru Yar'Adua, Président du Nigéria

Excusez-moi si j’utilise cette expression abidjanaise qui exprime l’étonnement en même temps que l’agacement vis-à-vis d’une situation dont on a peine à comprendre la logique. Voyez-vous, je m’interroge sur la hargne avec laquelle plusieurs dirigeants africains s’accroche au pouvoir. À bien y réfléchir, s’ils mettaient autant de hargne à mener des réformes, il y a bien longtemps que nos pays seraient développés.

Le dernier épisode en date de la série des chefs d’Etat africains « chewing-gumés » au fauteuil présidentiel, c’est bien celui du Nigéria où, en soins (intensifs) depuis le 23 novembre 2009 en Arabie Saoudite, le Président Umaru Yar’Adua semble ne pas vouloir laisser son fauteuil, même à un simple intérimaire.

Et voici ce pays fort de plus de 150 millions d’habitants plongé dans un drame mélancolico-politique typiquement africain. A en croire certains média internationaux, Il faut toutefois reconnaître que le refus de Monsieur Yar’Adua ne suffit pas à lui seul à expliquer la situation. En effet, même la constitution du Nigeria n’avait pas prévu un tel scénario. Selon l’article 144, l’incapacité du Président doit être votée à la majorité des deux tiers des membre du Gouvernement, sur rapport d’un collège de cinq médecins établis au Nigéria, dont le médecin du Président. Et puis, il semble que le transfert des pouvoirs à l’intérimaire devrait se faire par écrit du Président à remplacer. À croire que ceux qui l’ont rédigé ont pensé peut-être qu’il existe une classe d’immortels au Nigéria, au sein de laquelle il fallait toujours chercher un Président ! Bref, les partisans du Président ont joué pendant (trop) longtemps sur ce vide constitutionnel pour faire durer le suspens, jusqu’à ce que la Ministre de la Communication prenne son courage à deux mains pour demander à ses collègues du gouvernement fédéral de reconsidérer la question.

Aujourd’hui, on apprend avec satisfaction que les deux chambres de l’Assemblée nationale nigériane, le Sénat et la chambre des représentants, ont adopté chacune une résolution prévoyant que M. Jonathan assure l’intérim à la présidence, responsabilité que ce dernier a accepté d’assumer.

Mais personnellement, je trouve qu’on a fait une tempête dans un verre d’eau, phénomène explicable seulement par l’amour démesuré du pouvoir d’Etat dont font montre certains hommes politiques africains. Il est grand temps qu’on fasse une enquête auprès ces messieurs (et dame) pour qu’ils nous expliquent pourquoi ils aiment tant le pouvoir, au point, pour certains, de faire relire (réécrire) la constitution…

K@rl

Bloggeur africain