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Processus électoral en Côte d’Ivoire : les insinuations tendancieuses d’un journaliste français

12 mars 2010

Youg Ji Choi

Si vous avez suivi comme moi l’émission matinale de Radio France International (RFI) intitulée « L’invité Afrique » de ce jour, vous avez dû noter qu’il était question pour le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU en Côte d’Ivoire, Monsieur Young Jin Choi, de se prononcer sur les évolutions récentes du processus devant conduire à l’élection présidentielle dans le pays.

Sinon, je veux simplement rappeler que certaines questions m’ont paru déplacées et tendancieuses, comme si le journaliste, Monsieur Christophe Boisbouvier, voulait faire dire quelque chose en particulier à son invité.

La première question, c’est celle de la date probable des élections. Après avoir rappelé que dans un discours récent, le Président Gbagbo s’attend à des élections en avril- mars prochain, là où le Premier Ministre Soro Guillaume lui, parle de juin 2010, le journaliste demande au diplomate ce qu’il en pense. Et j’ai bien aimé sa réponse, qui ramène à la nature du processus et à ses étapes déterminantes plutôt qu’à un fétichisme des dates. En effet, M. Choi a indiqué que ce qui est important pour lui, c’est de franchir le cap de la liste électorale définitive, sans laquelle les prochaines étapes ne peuvent se dérouler. Il a donc insisté pour ne par donner de date, ce que je trouve être l’attitude la plus sensée dans la situation actuelle de la Côte d’Ivoire, marquée par plusieurs problèmes politiques qui n’en finissent pas de s’enchevêtrer.

La deuxième question du genre que j’ai trouvée trop orientée à mon goût, c’est celle portant sur le mode d’élaboration de la liste électorale définitive. Le journaliste a affirmé que le camp présidentiel a demandé que soient expurgés de la liste provisoire les étrangers qui n’ont par le droit de voter en Côte d’Ivoire (comme dans la plupart des pays du monde d’ailleurs !), et a demandé à l’invité ce qu’il en pense. A cette question, M. Choi a répondu tout simplement que cela est normal, pourvu que les contestations se fassent sur la base de preuves tangibles. A ce sujet, j’aimerais rappeler que le passage de la liste provisoire à la liste définitive n’est pas un processus spécifique ni à la situation de crise, ni même à la Côte d’Ivoire en tant que pays : même avant le 19 septembre 2002, le processus électoral prévoyait déjà qu’un travail de filtrage soit fait sur la première liste, pour en supprimer les personnes qui n’ont pas le droit d’y figurer (ivoiriens comme étrangers), et y rajouter ceux qui auraient été omis. Je trouve que cette façon de présenter les choses par M. Boisbouvier est soit une preuve d’ignorance patente, soit d’une naïveté coupable (je me refuse de croire qu’il cherche à faire passer des points de vue partisans). Mais à mon avis, le journaliste a pratiquement voulu faire dire par M. Choi que la liste provisoire sera celle qui servira à organiser les élections.

En tous cas, cet épisode, qui n’est malheureusement  pas le seul concernant RFI, montre que les média sont déterminants dans la compréhension que les personnes qui ne vivent pas la situation en la Côte d’Ivoire peuvent avoir de cette situation. C’est pour cela que je pense que des média alternatifs tels que les blogs, sont vraiment importants pour non seulement bien établir les faits, mais aussi véhiculer des analyses concurrentes qui permettraient à qui le veut de se faire sa propre opinion, sans être obligé de « gober » tout ce qui se dit par la bouche de soi-disant experts de pays que certains d’entre eux n’ont pratiquement jamais visité.

Au demeurant, en ce qui concerne les élections en Côte d’Ivoire, je pense que toutes les énergies devraient se fédérer autour de chaque étape, et les fixations d’objectifs se faire étape après étape. Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggeur africain

CEI : Youssouf Bakayoko remplace Mambé

1 mars 2010

M. Youssouf Bakayoko, nouveau Président de la CEI

Le cauchemar semble s’être terminé pour les ivoiriens, après la constitution de la CEI dans la nuit du jeudi 25 février dernier et l’élection de son tout nouveau président. « And the winner is… » M. Youssouf Bakayoko, du PDCI-RDA, comme son prédécesseur.

Cet homme est un diplomate chevronné qui, malgré son appartenance au plus vieux parti de Côte d’Ivoire aujourd’hui dans l’opposition, est reconnu pour ses qualités professionnelles et représente une des valeurs sûres du gouvernement sortant. En effet, à la tête du Ministère des Affaires Etrangères, M. Bakayoko a joui durant tout son mandat de la confiance du Président Gbagbo, et il se chuchote même qu’il aurait des accointances avec ce dernier.

En tout cas, quelles que soient les véritables opinions personnelles du nouveau président de la CEI, tous les ivoiriens l’attendent au tournant de l’impartialité pour enfin les conduire à des élections sans contestation, à l’issue desquelles des hommes (et des femmes) « nouveaux », commenceront à écrire les pages d’une nouvelle Côte d’Ivoire qui laisse enfin derrière elle ce passé récent chargé de tant d’incompréhensions.

Autant dire que ce n’est pas gagné d’avance, car les vrais problèmes sont toujours là, attendant de voir si M. Bakayoko et ses collègues auront la poigne nécessaire pour se départir chacun des desiderata de son parti, pour les aborder dans la plus stricte objectivité.

K@rl

Bloggeur africain

Blocage du processus électoral en Côte d’Ivoire : vers une solution ?

23 février 2010

Manifestations anti-gbagbo à Bouaké

La vie des populations ivoiriennes a été rythmée ces derniers jours, par des violences localisées ayant fait des dizaines de morts et plusieurs blessés. Cette situation anormale, qui couvait depuis l’éclatement du scandale des 429.000 vrais faux électeurs du Président de la Commission Electorale Indépendante et le Gouvernement (CEI) Robert Beugré Mambé, s’est installée après la décision du Président de la République Laurent Gbagbo de dissoudre la CEI.

Les négociations ayant réuni les signataires des différents accords de résolution de la crise ivoirienne à Ouagadougou autour du Facilitateur SEM. Blaise Compaoré, Président du Faso, n’ayant pas abouti, le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) a appelé ses militants à la désobéissance, arguant ne plus reconnaître au Président Gbagbo la qualité de Chef de l’Etat. La suite, on la connaît : des biens publics saccagés, des personnes tuées par des forces de l’ordre déterminées à faire règner l’ordre, et une psychose grandissante au sein de la population, en raison de diverses rumeurs annonçant (à tort ou à raison) des violence ici et là.

Et, dans cette grisaille, contre toute attente, alors que pour tous les observateurs, les positions des deux camps semblaient figées (à jamais), une visite éclair du Président Compaoré le lundi 22 février (hier) à Abidjan, a permis de ramener les protagonistes (antagonistes) autour de la table de discussion. Mieux, le format de la CEI a été accepté par tous (on s’est mis d’accord pour ne pas changer de format, contrairement aux premières instructions du Président Gbagbo), et le Président de la CEI (ancienne) perd son poste.

Visite du Président Compaoré à Abidjan, le 22 février 2010

Cet accord, qui permet de relancer les discussions de façon plus constructive (espérons-le !), peut être interprété de deux façons.

La plus facile des interprétations, c’est de conclure tout de suite à un échec cuisant pour M. Gbagbo dont la réclamation initiale portait sur une refonte de la CEI, pour lui donner un format lui permettant de travailler à l’abri du dictat des partis politiques. Et c’est sûr que la plupart des partis d’opposition vont certainement crier victoire sur la base de cette interprétation simpliste !

Mais il existe une deuxième interprétation, plus fine celle-là, qui permet de répondre à une question qu’on pouvait se poser le vendredi 12 février dernier, date à laquelle M. Gbagbo a passé le gouvernement et la CEI au dissolvant. En effet, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais moi, je me suis demandé pourquoi dissoudre et le gouvernement, et la CEI, si le seul problème, c’est le Président Beugré Mambé auquel il est reproché d’avoir (voulu) intégré(r) des électeurs de façon frauduleuse. Cette double dissolution ressemblait à mes yeux à une manière de « tuer une mouche avec un marteau ». C’est alors que l’accord du 22 février m’a ouvert les yeux : et si le Président Gbagbo avait employé la bonne vieille méthode de la négociation selon laquelle pour avoir 1 on exige 10 ? Si tel est le cas, il aura alors réussi le coup du remplacement de M. Mambé à la tête de la CEI, ce qui était le problème de départ, et surtout, la raison pour laquelle le RHDP s’opposait à lui. Qu’en pensez-vous ?

Karl

Bloggeur africain

Côte d’Ivoire : le RHDP navigue en eaux troubles !

16 février 2010

Alphonse Djédjé Mady (au centre), Porte-Parole du RHDP

Actualité oblige, je me sens le devoir de vous informer et de vous partager mon analyse de l’évolution récente de la situation socio-politique de la Côte d’Ivoire.  En effet, dès l’annonce de la décision de dissolution du gouvernement et de la Commission Electorale Indépendante (CEI), le Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), par la voie du Président de son Directoire Monsieur Alphonse Djédjé Mady, par ailleurs Secrétaire Général du PDCI, a mis les pieds dans les plats : le RHDP a décidé de ne plus reconnaître M. Laurent Gbagbo comme Chef de l’Etat, en qualifiant sa décision de « coup d’Etat ».

Avec cette position radicale, on a bien senti que les négociations en vue de la formation du nouveau gouvernement ne s’annonçaient pas de tout repos. Mais ce qui me semble bizarre, c’est que le même RHDP revient à la charge pour demander le rétablissement de la CEI telle qu’elle était avant la dissolution, pour lui permettre de terminer le travail qu’elle a commencé (par qui ?). Je trouve cette requête non cohérente avec la radicalité qui a consisté à ne plus reconnaître le Chef de l’Etat. Car, de mon point de vue, la cohérence aurait voulu qu’on lui demande sa démission et de s’y tenir !

Mais le plus important à mon avis, c’est que la position du RHDP peut s’interpréter comme une prime au désordre politique. Car, il faut bien comprendre que l’un des problèmes de fonds de la Côte d’Ivoire, c’est celle de la nationalité. Et, la résolution de la crise déclenchée le 19 septembre 2002, si elle veut être utile, ne peut en faire l’économie. C’est pourquoi, il me semble indadmissible de faire comme s’il n’y avait pas de problème et de réclamer coûte que coûte des élections.

Ce qu’il faut faire, c’est de considérer l’inscription sur les listes électorales, non comme un simple problème électoral, mais comme un véritable problème vital pour la nation. Et puis, en la matière, il y a des règles ! Pourquoi ne pas examiner les cas à la lumière des règles régissant la nationalité ivoirienne. Comme je l’ai déjà dit dans un article précédent, il n’est pas convenable que des personnes qui ont fait du faux pour obtenir le bénéfice de la nationalité ivoirienne (et pour qui des preuves suffisantes existent), le conservent. Mais de l’autre côté, cette volonté d’appliquer les règles en matière de nationalité, ne doit pas être un prétexte pour martyriser d’honnêtes citoyens. Il n’y a que dans l’objectivité que le pays aura son salut. Et là-dessus, laissez-moi vous dire que tout jeu partisan est anticonstructif, de quelque bord qu’il soit.

K@rl

Bloggeur africain

Contentieux électoral en Côte d’Ivoire : rebondissement inattendu !

15 février 2010

Laurent Gbagbo, Président de la République de Côte d'Ivoire

Rebondissement spectaculaire à Abidjan. Contre toute attente, le Président Laurent Gbagbo a usé des pouvoirs que lui confère l’article 48 de la constitution ivoirienne pour dissoudre et le gouvernement et la Commission Electorale Indépendante (CEI). Devant le blocage du contentieux électoral et le piétinement des discussions de Ouagadougou placées sous l’égide du facilitateur Blaise Compaoré, le président ivoirien a décidé de conserver Soro Guillaume comme Premier Ministre en lui demandant de proposer un nouveau gouvernement et une nouvelle CEI qui soient en dehors ducontrôle des partis politiques. Ainsi, il apparaît clairement pour Monsieur Gbagbo que ce sont les intérêts partisans qui sont à l’origine desproblèmes du processus électoral.

Toutefois, sans parler du mécontentement des partis d’opposition, je me demande comment on poura trouver des hommes et des femmes compétentes et non polarisées, surtout en cette période pré-électorale ! Surtout que l’Accord Politique de Ouagadougou (APO), auquel le président ivoirien dit toujours tenir, donne aux Partis politiques la latitude de désigner leurs représentants au gouvernement ! Mais ces mêmes partis, par la voix de Monsieur Djédjé Madi, disent ne plus reconnaître Monsieur Gbagbo comme Chef de l’Etat. Autant dire que Monsieur Soro a du pain sur la planche.
En plus de cela, je pense personnellement que c’est une bonne occasion pour donner un coup de fouet à l’enquête sur les présumés détournements dans la filière café-cacao. En effet, ne pas reconduire les ex-ministres concernés permettrait de les mettre plus facilement à la disposition de la justice. Bon, vous me direz que je mélange les serviettes et les torchons, mais, au point où en est le pays, pourquoi pas ?
D’ores et déjà, la formation du gouvernement s’avère être une mission quasi-impossible pour le premier ministre, car, au lieu d’aujourd’hui initialement fixé comme délai, on commence déjà à parler de la fin de la semaine. Vraiment, comment trouver des extraterrestres qui soient en même temps neutres au sens politique du terme, et qui appartiennent en même temps à des partis politiques ? Là est le question ! Just wait and see…
K@rl
Bloggeur africain

Crise du contentieux électoral en Côte d’Ivoire : ma proposition pour en sortir

8 février 2010

Le Président Beugré Mambé dans la tourmente

Derniers développements de la crise

L’actualité en Côte d’Ivoire est dominée par le rebondissement qu’a connue l’affaire des 429.000 vrais faux électeurs, baptisée du nom de M. Robert Beugré Mambé, Président de la Commission Electorale (In)dépendante (CEI). Pour mémoire, M. Beugré Mambé avait été accusé de vouloir introduire 429.030 individus sur la liste électorale définitive en confection, sans respecter les procédures arrêtées en la matière. Une enquête a été menée, à la suite d’une plainte portée par le Ministre de l’Intérieur, M. Désiré Tagro, par ailleurs cadre du Front Populaire Ivoirien (FPI), parti au pouvoir.

Le vendredi 05 février 2010, les conclusions (préliminaires ?) de cette enquête ont été livrées par M. Mamadou Diakité, Substitut du Procureur, Porte-Parole du Parquet d’Abidjan. Selon la déclaration de M. Diakité, citant des faits vérifiables, M. Mambé et certains de ses plus proches collaborateurs se sont rendus coupable des faits qui leur sont reprochés, certaines CEI locales ayant déjà introduit les 429.000 sur leur fichier. Et la suite, on la connaît : les partis du RHDP continuent de crier à la cabale montée contre M. Mambé qui est l’un des leurs. On pouvait même lire sur la première page du journal Le Nouveau Réveil du samedi 06 février le titre suivant : « Diakité Mamadou récite la leçon du camp présidentiel ».

Si l’on veut vraiment résoudre ce problème, qui en résumé est un problème de nationalité, donc qui touche à la question de l’identité (n’ayons pas peur des mots, car la Côte d’Ivoire n’est pas le seul pays au monde à avoir des problèmes d’identité – regardez vers la France), il faut avoir le courage d’en reconnaître les causes profondes.

Les causes du problème d’identité en Côte d’Ivoire

Aujourd’hui, chaque camp feint de rattacher le problème à des événements relativement récents. Pourtant, il faut aller chercher loin en arrière, jusqu’à l’indépendance, pour retrouver les causes profondes du phénomène.

En effet, je crois pour ma part que la raison principale est due au fait que la question de l’identification n’a pas été prise au sérieux dès le départ, et ce par tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi, je ne souhaite pas lier le problème à un camp au profit d’un autre : tous ceux qui sont là aujourd’hui, dans un camp comme dans l’autre, y ont contribué d’une façon ou d’une autre.

Depuis les indépendances, il s’est instauré une sorte de laxisme national en ce qui concerne la gestion de l’état civil et de la nationalité ivoirienne. Au départ, on n’avait pas prévu que cela se retournerait contre nous-mêmes ! Puis est arrivé le multipartisme. En 1990, souvenons-nous, il a été distribué, de façon anarchique et au mépris des règles en matière de naturalisation des étrangers, des cartes nationales d’identité à des ressortissants de pays voisins, pour leur permettre de s’inscrire sur la liste électorale. Le même phénomène s’est répété en 1995. En plus de cette grave erreur commise par les dirigeants, il faut reconnaître que la population elle-même n’y est pas étrangère ! C’est devenu courant, pour quiconque, de pouvoir « couper son age », donner son extrait de naissance à une tierce personne pour qu’elle s’établisse des documents (parfois contre récompense pécuniaire). La grande corruption qui caractérise les administrations publiques ivoiriennes a également été un catalyseur important du phénomène.

À côté de cela, comme pour rattraper les erreurs du passé (de façon fort maladroite il faut le reconnaître), les forces de l’ordre ont commencé à un certain moment (surtout après 1995), à harceler une certaine frange de la population, allant parfois jusqu’à remettre en cause publiquement la nationalité d’honnêtes citoyens sur la base de leur patronyme ou de leur faciès. Ce la n’a fait qu’envenimer la situation et pousser certains ivoiriens à se sentir malmenés dans leur propre pays. Le fait de vouloir mettre de l’ordre dans l’identification n’est pas une mauvaise chose en soi, mais ce n’est pas non plus une raison suffisante pour humilier des citoyens. Il aurait fallu arrêter un mode opératoire légal et sensibiliser les populations avant de l’appliquer !

En gros, ce qui nous arrive aujourd’hui n’est que le retour de boomerang de notre insouciance et de notre laxisme passés, que nous devons payer. Parce que, croyez-moi, tout se paye même si c’est à crédit comme pour la crise de l’identité ivoirienne.

Ma proposition

Comme solution, j’ai appris comme vous que les deux parties en présence sont prêtes à s’en remettre à la médiation du Président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien. Non que je doute de sa capacité à proposer des solutions viables, mais je crois que quelle que soit la solution à adopter, elle ne peut et ne doit pas faire l’économie d’une réforme profonde de l’état civil en Côte d’Ivoire.

C’est pourquoi, je préconise en premier lieu, après avoir reconnu les causes profondes, de sécuriser au plus vite l’état civil ivoirien, à travers une informatisation et l’instauration d’un réseau d’interconnexion entre tous les registres d’état civil. Cela s’impose si on veut arrêter la gangrène héritée du passé.

Ensuite, il faudra bien statuer sur le cas de toutes les personnes qui ont acquis de façon frauduleuse douteuse la nationalité ivoirienne. Celles pour lesquelles des preuves suffisantes sont disponibles, je propose qu’on leur en arrache le bénéfice, sans poursuite judiciaire (étant donné que nous avons nous-mêmes favorisé le phénomène). Car s’il devait y avoir des poursuites, les officiers de l’état civil à l’origine des actes incriminés devraient eux aussi répondre. Mais comme il faut aller le plus vite possible aux élections, je pense qu’on peut se passer de telles poursuites. En ce qui concerne ceux pour lesquels il n’y a pas de preuve suffisante, je propose qu’on leur accorde la nationalité, en faisant prendre un décret de naturalisation collectif, comme celui de 1996.

Après avoir traité tous ces cas, il faudra maintenant appliquer la loi dans toute sa rigueur, une fois qu’on aura mis de l’ordre dans les fichiers. Et on pourra reprendre, où on l’a laissée, l’organisation des élections.

À mon humble avis, c’est la meilleure façon d’organiser de bonnes élections, étant donné la situation spécifique de la Côte d’Ivoire. Il faut prendre le temps d’expurger ce problème de façon définitive. C’est vrai qu’on ne pourra pas tenir les délais fixés sous la pression de la communauté internationale, mais l’avenir du pays en dépend. Car, qu’est-ce qu’un délai, face à la paix et la quiétude de tout un peuple ? Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggueur africain

Elections en Côte d’Ivoire : une véritable pagaille organisée !

4 février 2010

Robert Beugré Mambé, Président de la CEI

Depuis la tentative de coup d’Etat avortée du 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire est coupée en deux tant physiquement que politiquement (n’en déplaise aux théoriciens de la réunification et de la paix retrouvées). Physiquement car, malgré les avancées enregistrées depuis la signature de l’Accord Politique de Ouagadougou (APO) et la création de structures mixtes pour assurer la sécurité dans les zones Centre Nord Ouest (CNO), force est de constater avec amertume que l’autorité de l’Etat n’est pas encore établie dans cette partie du pays. Et politiquement, là c’est plus qu’évident, quand on considère les agitations des deux camps anciennement en guerre.

Ainsi, après les péripéties qui ont émaillé la période ayant précédé l’affichage de la liste électorale provisoire, les ivoiriens pensaient être sortis de l’auberge. Eh bien, c’était compter sans les difficultés qui ne cessent de se mettre en travers du chemin de la préparation des élections en Côte d’Ivoire. Et aujourd’hui, on se retrouve dans une situation où le cocasse le dispute à l’amateurisme.

Jugez-en vous-mêmes ! Depuis la mise au jour de l’affaire qu’il est désormais convenu d’appeler du nom du Président de la CEI (M. Robert Beugré Mambé), le front politique ne cesse de bouillir, comme si un clash couvait quelque part. En effet, après les accusations de la Mouvance Présidentielle à l’encontre de M. Mambé, à qui il est reproché d’avoir (tenté d’) introduit(re) 429.000 noms sur la liste définitive au mépris des procédures arrêtées pour le traitement de ces cas, les positions ne font que se durcir dans les deux camps. Le Ministre de l’Intérieur a saisi le Procureur de la République à l’effet de diligenter une enquête pour situer les responsabilités dans cette affaire, pendant que les dirigeants du RHDP ne cessent d’exprimer leur soutien au mis en cause. De son côté, le Secrétaire Général du PDCI, ancien parti au pouvoir (parti de feu le Président Houphouet Boigny), a décidé quant à lui de porter plainte contre le Ministre de l’Intérieur.

Et ce n’est pas tout ! Sur le terrain, les esprits s’échauffent dans les rangs des militants des deux tendances. Les partisans de la Mouvance Présidentielle, suspectant les autres de faire inscrire sur les liste électorales des personnes qui n’y ont par droit, sont accusées de dénonciations calomnieuses. Les partisans du RHDP se plaignent que certains ivoiriens (leurs militants) sont injustement exclus du bénéfice du droit de vote. Le comble, c’est ce qui est arrivé à la Commission Electorale Locale (CEL) d’Attékoubé (une commune d’Abidjan) : des individus (on affirme, avant toute enquête, qu’il s’agit de membres du RDR, le parti du Dr Alassane Ouattara), ont subtilisé les listings du contentieux après avoir fracassé la porte du local où ils étaient entreposés. Tout ceci ressemble étrangement à la période d’avant le 19 septembre 2002 où la question de l’ivoirité faisait ravage.

Et au lieu de prendre la chose au sérieux et de chercher au plus vite des solutions apaisées, la seule décision qui ait été prise, c’est de rallonger la durée du contentieux électoral de dix jours supplémentaires. Comme si dix jours allaient suffire pour résoudre les problèmes créés par des erreurs commises il y a plus d’un an quand, au début du processus, plus précisément au moment du choix des pièces permettant de se faire enrôler, on a préféré la facilité à la sureté. Voilà où cela nous conduit aujourd’hui.

Pendant ce temps, la communauté financière internationale s’impatiente. La récente visite du patron de la Banque mondiale, M. Robert Zoelick, présentée par certains média comme un satisfecit décerné au gouvernement, m’a plutôt paru comme un ultimatum : il a clairement lié l’atteinte par la Côte d’Ivoire du point d’achèvement de l’Initiative PPTE à l’organisation rapide des élections.

Vraiment, je ne sais pas pour vous, mais quand je regarde la situation, je me demande si 2010 sera vraiment l’année de la fin du cauchemar des ivoiriens !

K@rl

Bloggeur africain