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Situation socio-politique en Côte d’Ivoire : le « calme » avant la tempête ?

31 mars 2010

M. Alain Lobognon, Conseiller Spécial du Premier Ministre Soro Guillaume

Le front politique en Côte d’Ivoire est caractérisé ces dernières semaines par une sorte de cacophonie qui semble annoncer une tempête, si rien n’est fait. C’est pourquoi, à mon sens, c’est plus qu’un devoir pour chaque ivoirien et même chaque africain, de s’arrêter un instant pour réfléchir et faire des propositions allant dans le sens d’une sortie de crise sans (nouveau) dommage.
Ce que j’appelle cacophonie, ce sont les déclarations tout aussi tonitruantes que contradictoires qui fusent ça et là, de part et d’autre des deux camps (anciennement) en belligérance. En fait, ce qui me semble pour le moins inquiétant, c’est que depuis un certain temps, on commençait à s’habituer à une entente tacite entre le camp présidentiel et les Forces Nouvelles (FN), qui semblait tenir d’une sorte de « gentlement agreement ». Mais voilà que, tout à coup, les vieilles haches de guerre sont déterrées.
De quoi s’agit-il exactement ?
Le débat sur la chronologie entre le désarmement et la tenue des élections refait surface de la plus mauvaise manière qui soit, chaque camp voulant retenir l’enchainement qui l’arrange le mieux, au mépris, pour certains, des textes pourtant signés d’accord partie.
Le camp présidentiel réclame, à cor et a cris, le désarmement total des Forces Nouvelles avant d’envisager un quelconque scrutin, alors que les FN, de leur côté, se focalisent sur la nécessité d’achever au plus tôt la liste électorale afin de passer aux élections. Me Afoussy Bamba, nouvelle Porte-Parole des FN, de préciser que les Accords de Ouagadougou ne demadent pas que « le dernier soldat FN dépose les armes avant la tenue des élections ». Et le Ministre Sidiki Konaté de renchérir « le désarmement concerne autant les forces loyalistes que les FN ». A côté de cela, on a le RHDP (la coalition des principaux partis politiques d’opposition) qui, par la voie de leur jeunesse, demandent la tenue des élections dans les plus brefs délais.
Ce que cela m’inspire
A mon avis, cette situation est bien caractéristique de l’Afrique où on pense que, si on n’est pas d’accord sur un sujet, alors on devient automatiquement des ennemis, ce qui est proprement antinomique avec les valeurs fondamentales de la démocratie qui, elle, est fondée sur le débat contradictoire. En effet, à bien y regarder, si on avait privilégié le débat contradictoire avec comme objectif d’abourit aux décisions les meilleures, et pas forcément à celle qui avantagent tel ou tel camp, c’est sûr qu’on ne parlerait pas aujourd’hui de guerre en Côte d’Ivoire !
Mais d’un autre côté, sans vouloir prendre parti dans cette « dispute » politique partisane, j’aimerais souligner que si l’on veut vraiment avoir des élections utiles, on ne peut pas se permettre de passer outre deux conditions essentielles : la confections d’une liste électorale « propre » (c’est-à-dire avec le moins de constestations possible), et le retour à une situation militaire à peu près normale( c’est-à-dire où il y a une seule armée sur le terrain). Maintenant, pour l’opérationnalisation et la mise en oeuvre pratique de ces deux conditions, vu la tension actuelle, je préconise que le dialogue soit intensifié et que toutes les décisions se prennent dans la transparence, sur la base des accords déjà signés, notamment l’APO, qui affirme bien, n’en déplaise à Me Afoussy Bamba, que le désarmement doit avoir lieu au moins deux mois avant la tenue des élections.
J’espère de tout coeur que les politiques ivoiriens sauront retrouver le chemin d’un dialogue franc et efficace.
K@rl
Blogueur africain