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Politique ivoirienne : le nomadisme intéressé

3 février 2010

Jean-Jacques Béchio à l'AGE du 30 janvier 2010

Depuis l’ouverture au multipartisme en 1992, on a assisté à la naissance en Côte d’Ivoire d’une pléthore de partis politiques. Mais à bien y regarder, tout ce nuage de partis s’organise autour de quelques tendances, qui, à la faveur de la crise déclenchée le 19 septembre dernier, se sont elles-mêmes réparties en deux grandes tendances. Aujourd’hui, il y a d’un côté la Mouvance Présidentielle qui réunit toutes les obédiences gravitant autour du Front Populaire Ivoirien (FPI), et de l’autre l’Opposition représentée par le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

C’est vrai que le RHDP n’est qu’une alliance de circonstance, car on sent bien que les partis qui le composent ne sont pas vraiment prêts à accepter une seule candidature pour la prochaine élection présidentielle. Mais la dernière marche des jeunes du RHDP nous a montré que cette tendance est capable d’actions d’envergure.

Cependant, aujourd’hui, la question qui retient mon attention, c’est celle relative à l’agitation grandissante en cette veille d’élections, et qui se traduit par le nomadisme politique. Il s’agit en fait de personnes représentant un certain poids politique soit au niveau national, soit au niveau de leur région d’origine, et qui monnaient cette position au profit de la tendance la plus offrante. Il s’est donc développé, malheureusement, un véritable « marché politique » honteux qui ne fait guère honneur à la démocratie africaine.

Ce nomadisme politique n’est pas nouveau en soi, mais il est devenu plus visible aujourd’hui à cause de l’envergure que lui a donnée l’augmentation des enchères à l’approche des élections. Les exemples sont légions, mais le cas sur lequel je voudrais m’arrêter, c’est celui de Zémogo Fofana et Jean-Jacques Béchio. Voici deux hommes politiques qui, étant au Rassemblement des Républicains (RDR), ont décidé (par conviction ?) de créer un autre parti politique, l’ANCI (Alliance pour la Nouvelle Côte d’Ivoire), et en sont maintenant à couteaux tirés. Les raisons de ce conflit seraient liées à la nécessité de choisir quel camp soutenir dans la prochaine échéance électorale. Et aux dernières nouvelles, il y a eu une Assemblée Générale Extraordinaire de ce parti le samedi 30 janvier dernier, à l’issue de laquelle M. Béchio, anciennement Secrétaire Général, a remplacé M. Fofana à la Présidence.

La situation de l’ANCI est emblématique de la « démocratie à l’ivoirienne », où les formations politiques se forment et se déforment non sur des idéologies politiques, mais comme un soutien à une personne ou à une région. Et tant que le débat politique sera organisé autour des personnes et non des idéologies, la démocratie (qui n’en est pas vraiment une) ne contribuera pas efficacement au progrès des peuples. À ce propos, combien d’ivoiriens se sont donné les moyens de connaître les programmes de société des différents candidats à l’élection présidentielle ? Vous me direz peut-être : on sait tous qu’ils ne feront rien de ce qu’ils promettent. Mais si nous tous, nous leur montrons que nous avons un regard critique et de contrôle sur ce qu’ils promettent, les hommes politiques réfléchiront par deux fois avant de proposer quoi que ce soit, et se verront dans l’obligation de nous rendre compte de leur travail.

Vivement donc qu’on trouve le moyen de déplacer le centre d’intérêt du débat politique, pour que l’Afrique avance !

K@rl

Bloggeur africain

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