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Délestage en Côte d’Ivoire : est-ce vraiment fini ?

22 mars 2010

SEM. Laurent Gbagbao, Président de la République de Côte d'Ivoire

Depuis un peu plus de deux mois, la Côte d’Ivoire vit une situation (in)habituelle de délestage qui nous rappelle étrangement celle que nous avons vécue dans les années 80, et sur laquelle j’ai déjà écrit le 5 février dernier.

Aujourd’hui, je reviens sur ce sujet, parce que je crois que les dernières nouvelles, qui semblent entretenir une certaine euphorie, méritent qu’on s’y attarde un peu.

En effet, dans son adresse à la nation du 13 mars dernier, le Président de la République, SEM. Laurent Gbagbo, certainement sur l’éclairage des techniciens maison, promet la fin du calvaire pour dans quelques jours. Mais dans ce discours, il y a des passages qui ont retenu mon attention et m’ont amené à me poser des questions, questions que je voudrais partager avec vous, mes chers lecteurs :

« La cause essentielle de cette situation, c’est un accidentNous faisons face aux conséquences d’un accident. D’après les spécialistes, le type d’accident survenu à AZITO en décembre dernier est rare. Ni l’Etat ni les opérateurs eux-mêmes ne pouvaient le prévoir survenu le 22 décembre 2009 sur les installations de la centrale d’Azito. Cet accident a provoqué l’arrêt d’une turbine, entraînant une chute brutale de la production d’électricité… « . Moi je persiste à croire que même s’il s’agit d’un accident, non seulement on aurait pu l’éviter en respectant un bon programme d’entretien des installations disponibles, mais également, on aurait pu en limiter les conséquences en prenant les bonnes décisions depuis fort longtemps. A ce propos, je reviens sur les investissements qui auraient dû être faits depuis les années 80 après le premier délestage. Comprenez que mon propos n’est pas de fustiger l’action du gouvernement en place, mais de poser des questions pertinentes sur la gestion du pays depuis sa naissance.

« Au moment de l’accident, nous produisions 830 mégawatts, pour une demande moyenne de 875 mégawatts par jour. Soit un déficit de 30 mégawatts hors pointe. Ce déficit était dû à la baisse saisonnière du niveau de l’eau dans les barrages. La panne survenue à AZITO a réduit la production de 150 mégawatts, portant le déficit à 180 mégawatts, hors pointe« . Voyez-vous, chers lecteurs, cette information montre qu’en réalité, nous sommes dans une situation de « délestage permanent », contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Si la production ne parvient pas à couvrir la demande, pour un bien que l’on ne peut stocker, c’est dire que pour satisfaire tout le monde, il va falloir rationner certains clients à certaines périodes. Et je comprends maintenant ces petites coupures intempestives auxquelles on a fini par s’habituer, tellement elles sont devenues fréquentes et compte tenu de leur courte durée. En fait, on était en situation de délestage « à petite dose », et il a fallu « cet accident » pour qu’on se penche sur ce problème presque vieux comme la Côte d’Ivoire.

Voici encore l’illustration d’une caractéristique de la gouvernance africaine que je m’emploie à décrier chaque fois que j’en ai l’occasion : nous avons des pompiers à la place des planificateurs, et il faut des catastrophes pour qu’on sorte les échelles et les lance-eau…

« La politique des barrages hydroélectriques produisant de l’électricité à bon marché, a été abandonnée au profit de centrales thermiques. Ces infrastructures nous ont certes permis de combler le déficit de production mais elles ont contribué à creuser le déficit financier structurel du secteur. Il est avéré que l’électricité produite par les centrales thermiques est plus chère que celle produite par les centrales hydroélectriques« . Dans un pays tropical où on a le soleil au moins 12 heures par jour 365 jours par an, devant les problèmes de production hydroélectrique (peut-être dus à la sécheresse), on court vers le thermique, et cela résulte en un surcoût que l’Etat a du mal à combler. On entre donc dans un engrenage vicieux qui fait que ce que l’Etat aurait dû utiliser pour faire des investissements dans le secteur, doit être utilisé pour subventionner le bien produit en quantité insuffisante. Quelqu’un peut-il me dire combien coûte la production de l’énergie électrique solaire dans un pays ensoleillé comme la Côte d’Ivoire ?

« Nous avons encore une semaine à subir les délestages, le temps que la turbine d’AZITO soit réparée« . En tous cas, moi, je persiste à croire que tant que les capacités de production n’ont pas dépassé la demande d’au moins un tiers, on n’est pas à l’abri d’un autre « accident ». Ou bien ?

K@rl

Bloggeur africain

Délestage en Côte d’Ivoire : 2010 comme 1984 !

5 février 2010

La Côte d'Ivoire en panne d'électricité

Voilà, ça y est, on y est, c’est le rationnement de l’électricité en Côte d’Ivoire, pourtant pays exportateur d’énergie d’électrique. Ça va donner l’occasion aux plus jeunes de vivre à leur tour ce que leurs aînés ont connu dans les années 1980, au temps du grand Houphouet Boigny où l’on parlait sans cesse de « conjoncture » et de « délestage ».

C’est dire tout de suite qu’en Côte d’Ivoire comme dans beaucoup de pays africains, on ne peut pas mettre tous les problèmes sur le dos d’un seul dirigeant. Parce qu’aucun ne sort vraiment du lot.

Mais, revenant à nos moutons, de quoi s’agit-il ? En fait, cela avait été annoncé depuis au moins deux ans, sinon quatre. En consultant la parution du journal L’Inter du 10 mars 2008, je me suis rendu compte qu’à l’époque déjà, on parlait des capacités de productions qui étaient insuffisantes par rapport à une consommation sans cesse croissante. On disait aussi que « le parc de production de l’électricité de notre pays est vieux, très vieux même, avec une moyenne d’âge de 24 ans et ce, depuis le 1er barrage hydroélectrique d’Ayamé 1 qui a 49 ans d’existence cette année jusqu’à la centrale thermique d’Azito 2 qui a 9 ans ». Et comme l’énergie électrique ne peut pas être stockée, la Compagnie Ivoirienne d’électricité (CIE) est obligée de jongler comme un trapéziste, surtout aux heures de pointe.

Moi je pensais que si pour une fois, on avait anticipé les risques, normalement, quelque chose devrait être fait pour éviter le pire. En effet, la seule solution, c’est d’augmenter les capacités de production à travers un programme ambitieux d’investissements qui, selon le cadre réglementaire du secteur, est du ressort de l’Etat à qui appartient tout le patrimoine.

Mais voilà, j’avais oublié qu’on était en Côte d’Ivoire, et que la sortie de crise (qui piétine toujours) était plus urgente que la sécurité énergétique. C’est comme ça qu’aujourd’hui, on entend le Directeur Général de l’Energie et le Directeur Général de la CIE chanter en chœur : « La fourniture de l’électricité pourrait être perturbée sur l’ensemble du territoire de février à mai 2010… cela a pour cause principale un déficit de production dont l’origine est une avarie survenue sur un groupe important du parc de production du réseau électrique depuis le 22 décembre dernier ».

Le pire, c’est que rien n’est fait pour amortir l’impact de cette situation sur le bien-être des populations. Car, si pour les entreprises, la CIE a promis de les rencontrer, rien n’est fait en direction des ménages. Aucun programme de rationnement pour permettre aux gens de prendre leurs dispositions afin de limiter les dégâts sur les appareils électroménagers. Je suis allé sur le site de la CIE, il n’y a aucune communication sur le sujet. C’est à croire que l’avis de ses clients n’est pas important pour cette entreprise. Ah oui, j’oubliais encore : on est en Côte d’Ivoire et les clients sont des esclaves à qui tout monopole peut dicter sa loi. Où avais-je la tête ! Et même sur le site du Gouvernement, un programme de rationnement est paru le 4 février pour couvrir la période du 2 au 8 février, et ne concerne que les villes de l’intérieur. J’espère que pour les prochaines semaines, on aura des programmes de rationnement plus précis et qui paraissent à temps !

K@rl

Bloggeur africain