Posted tagged ‘crise ivoirienne’

Crise du contentieux électoral en Côte d’Ivoire : ma proposition pour en sortir

8 février 2010

Le Président Beugré Mambé dans la tourmente

Derniers développements de la crise

L’actualité en Côte d’Ivoire est dominée par le rebondissement qu’a connue l’affaire des 429.000 vrais faux électeurs, baptisée du nom de M. Robert Beugré Mambé, Président de la Commission Electorale (In)dépendante (CEI). Pour mémoire, M. Beugré Mambé avait été accusé de vouloir introduire 429.030 individus sur la liste électorale définitive en confection, sans respecter les procédures arrêtées en la matière. Une enquête a été menée, à la suite d’une plainte portée par le Ministre de l’Intérieur, M. Désiré Tagro, par ailleurs cadre du Front Populaire Ivoirien (FPI), parti au pouvoir.

Le vendredi 05 février 2010, les conclusions (préliminaires ?) de cette enquête ont été livrées par M. Mamadou Diakité, Substitut du Procureur, Porte-Parole du Parquet d’Abidjan. Selon la déclaration de M. Diakité, citant des faits vérifiables, M. Mambé et certains de ses plus proches collaborateurs se sont rendus coupable des faits qui leur sont reprochés, certaines CEI locales ayant déjà introduit les 429.000 sur leur fichier. Et la suite, on la connaît : les partis du RHDP continuent de crier à la cabale montée contre M. Mambé qui est l’un des leurs. On pouvait même lire sur la première page du journal Le Nouveau Réveil du samedi 06 février le titre suivant : « Diakité Mamadou récite la leçon du camp présidentiel ».

Si l’on veut vraiment résoudre ce problème, qui en résumé est un problème de nationalité, donc qui touche à la question de l’identité (n’ayons pas peur des mots, car la Côte d’Ivoire n’est pas le seul pays au monde à avoir des problèmes d’identité – regardez vers la France), il faut avoir le courage d’en reconnaître les causes profondes.

Les causes du problème d’identité en Côte d’Ivoire

Aujourd’hui, chaque camp feint de rattacher le problème à des événements relativement récents. Pourtant, il faut aller chercher loin en arrière, jusqu’à l’indépendance, pour retrouver les causes profondes du phénomène.

En effet, je crois pour ma part que la raison principale est due au fait que la question de l’identification n’a pas été prise au sérieux dès le départ, et ce par tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi, je ne souhaite pas lier le problème à un camp au profit d’un autre : tous ceux qui sont là aujourd’hui, dans un camp comme dans l’autre, y ont contribué d’une façon ou d’une autre.

Depuis les indépendances, il s’est instauré une sorte de laxisme national en ce qui concerne la gestion de l’état civil et de la nationalité ivoirienne. Au départ, on n’avait pas prévu que cela se retournerait contre nous-mêmes ! Puis est arrivé le multipartisme. En 1990, souvenons-nous, il a été distribué, de façon anarchique et au mépris des règles en matière de naturalisation des étrangers, des cartes nationales d’identité à des ressortissants de pays voisins, pour leur permettre de s’inscrire sur la liste électorale. Le même phénomène s’est répété en 1995. En plus de cette grave erreur commise par les dirigeants, il faut reconnaître que la population elle-même n’y est pas étrangère ! C’est devenu courant, pour quiconque, de pouvoir « couper son age », donner son extrait de naissance à une tierce personne pour qu’elle s’établisse des documents (parfois contre récompense pécuniaire). La grande corruption qui caractérise les administrations publiques ivoiriennes a également été un catalyseur important du phénomène.

À côté de cela, comme pour rattraper les erreurs du passé (de façon fort maladroite il faut le reconnaître), les forces de l’ordre ont commencé à un certain moment (surtout après 1995), à harceler une certaine frange de la population, allant parfois jusqu’à remettre en cause publiquement la nationalité d’honnêtes citoyens sur la base de leur patronyme ou de leur faciès. Ce la n’a fait qu’envenimer la situation et pousser certains ivoiriens à se sentir malmenés dans leur propre pays. Le fait de vouloir mettre de l’ordre dans l’identification n’est pas une mauvaise chose en soi, mais ce n’est pas non plus une raison suffisante pour humilier des citoyens. Il aurait fallu arrêter un mode opératoire légal et sensibiliser les populations avant de l’appliquer !

En gros, ce qui nous arrive aujourd’hui n’est que le retour de boomerang de notre insouciance et de notre laxisme passés, que nous devons payer. Parce que, croyez-moi, tout se paye même si c’est à crédit comme pour la crise de l’identité ivoirienne.

Ma proposition

Comme solution, j’ai appris comme vous que les deux parties en présence sont prêtes à s’en remettre à la médiation du Président du Burkina Faso, M. Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien. Non que je doute de sa capacité à proposer des solutions viables, mais je crois que quelle que soit la solution à adopter, elle ne peut et ne doit pas faire l’économie d’une réforme profonde de l’état civil en Côte d’Ivoire.

C’est pourquoi, je préconise en premier lieu, après avoir reconnu les causes profondes, de sécuriser au plus vite l’état civil ivoirien, à travers une informatisation et l’instauration d’un réseau d’interconnexion entre tous les registres d’état civil. Cela s’impose si on veut arrêter la gangrène héritée du passé.

Ensuite, il faudra bien statuer sur le cas de toutes les personnes qui ont acquis de façon frauduleuse douteuse la nationalité ivoirienne. Celles pour lesquelles des preuves suffisantes sont disponibles, je propose qu’on leur en arrache le bénéfice, sans poursuite judiciaire (étant donné que nous avons nous-mêmes favorisé le phénomène). Car s’il devait y avoir des poursuites, les officiers de l’état civil à l’origine des actes incriminés devraient eux aussi répondre. Mais comme il faut aller le plus vite possible aux élections, je pense qu’on peut se passer de telles poursuites. En ce qui concerne ceux pour lesquels il n’y a pas de preuve suffisante, je propose qu’on leur accorde la nationalité, en faisant prendre un décret de naturalisation collectif, comme celui de 1996.

Après avoir traité tous ces cas, il faudra maintenant appliquer la loi dans toute sa rigueur, une fois qu’on aura mis de l’ordre dans les fichiers. Et on pourra reprendre, où on l’a laissée, l’organisation des élections.

À mon humble avis, c’est la meilleure façon d’organiser de bonnes élections, étant donné la situation spécifique de la Côte d’Ivoire. Il faut prendre le temps d’expurger ce problème de façon définitive. C’est vrai qu’on ne pourra pas tenir les délais fixés sous la pression de la communauté internationale, mais l’avenir du pays en dépend. Car, qu’est-ce qu’un délai, face à la paix et la quiétude de tout un peuple ? Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggueur africain