Posted tagged ‘Corruption’

Niger : de sérieux doutes quant à l’agenda de la junte !

25 février 2010

Le colonel Abdulkarim Guyoke, porte-parole du CSRD

Quasiment toute la communauté internationale a joint les mains à celles des nigériens pour applaudir la junte qui a pris le pouvoir après le coup d’Etat du 18 février 2010 à Niamey. Et pour cause : l’épisode du tripatouillage de la constitution par le Président Mamadou Tandja en vue de demeurer au pouvoir (ad vitam eternam). Surtout que les nouveaux hommes forts de Niamey ont affirmé au départ que leur souci premier est de retourner le plus tôt possible à l’ordre constitutionnel  qui avait cours avant la dérive référendaire de Tanja. Houra ! Pourrait-on s’entendre crier.

Seulement, moi, je commence à avoir de sérieux doutes à la suite de l’interview accordée par le Chef d’Escadron (ou le Commandant) Salou Djibo, nouveau Chef de l’Etat Nigérien, à Radio France International (RFI) il y a deux jours. En effet, à la question de savoir s’il faut s’attendre à un retour immédiat à l’ancienne constitution, sa réponse a été pour le moins surprenante. Il a indiqué qu’une nouvelle constitution serait soumise au vote du peuple nigérien. Quand il s’agit de donner une date, même approximative, des élections censées redonner le pouvoir aux civils, il répond : « en temps opportun, ça se saura« .

Pire, il me semble que l’agenda de la junte au pouvoir au Niger s’est considérablement étoffé ! Il s’agit désormais de « donner un coup de balai à la corruption, avant de préparer des élections transparentes visant à rétablir la démocratie ».

Bref, tout ceci me fait penser étrangement à un autre balayeur dont le balai s’est cassé en pleine séance de balayage (vous voyez de qui je parle, vous les ivoiriens ?). A mon avis, un régime militaire, même s’il tombe à pic, ne devrait pas durer plus de quelques mois. Surtout que dans le cas du Niger, le problème à l’origine de la légitimation du coup d’Etat semble simple : il s’agit ni plus ni moins d’un changement constitutionnel inique. Alors, le plus simple (et le plus rapide), c’est d’abolir cette constitution, d’organiser le plus vite possible des élections transparentes et de laisser la politique aux politiciens nigériens, qui, eux, sauront mieux balayer tout ce qu’il y a à balayer.

Karl

Bloggeur africain

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Yes, we can !

9 février 2010

Abidjan, perle des ordures !

Il suffit d’aller dans une rue de n’importe quelle ville d’Afrique au Sud du Sahara pour comprendre que le sous-développement n’est pas une fatalité. En effet, plusieurs attitudes et comportements observés font réfléchir sur la nature et les causes du retard de ces pays qui, comme par enchantement, se retrouvent tous sur le même continent et sont habités en majorité par des êtres humains de race noire.

Mais loin de moi le désir d’expliquer la réalité observée par des constats statiques tels que la couleur de la peau, la température moyenne annuelle ou le climat (quoique ceux-ci subissent des changements voulus ou non ces derniers temps) ! Je crois que le problème est ailleurs… dans la mentalité des hommes et des femmes qui peuplent ce continent ! Suivez mon regard.

Quand on se promène à Abidjan, plusieurs faits attirent l’attention. Pendant longtemps, j’ai cru que ces faits étaient spécifiques à ma ville natale, jusqu’à ce que je me mette à voyager. Eh bien, à Bamako, à Dakar, à Yaoundé… c’est pareil, à la langue parlée ou à l’accent près !
Tenez, prenons par exemple l’insalubrité. C’est vrai que maintenir une ville propre, cela demande des moyens financiers importants, notamment pour les infrastructures de collecte et de traitement des déchets. Mais quand même, force est de constater qu’il est des attitudes qui ne facilitent pas la tâche en la matière. L’autre jour, alors que j’étais au feu, attendant qu’il passe au vert, je vois un véhicule de type 4X4 quasi-neuf, aux vitres remontées, dont le conducteur n’a eu aucun scrupule à en baisser une, juste le temps de se débarrasser de quelques papiers encombrants sur la chaussée. J’entendais dans mon esprit la réclame à la télé qui disait : « la rue n’est pas une poubelle ». Mais cet homme, l’avait-il vue une seule fois, cette courte émission de sensibilisation ? Ou bien, à force de la voir, se disait-il qu’elle ne pouvait pas s’adresser à lui ? Toujours est-il que plusieurs à Abidjan, tout en se plaignant de l’air qui est pollué et des ordures qui disputent les rues aux piétons, ne se gênent pas d’en rajouter alors qu’il serait bien plus simple que chacun commence par rassembler ses propres déchets pour en faciliter la collecte et le traitement.

Un autre phénomène : la corruption. Qui dans ce pays n’a pas été confronté au moins une fois à un policier, un douanier, un gendarme, ou même un officier de l’état civil (la liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut !) qui, au lieu de faire simplement le travail pour lequel il est payé, cherche à instaurer des droits et taxes occultes ?

Ce que je crois, c’est qu’on a assez accusé les dirigeants, et décrié l’attitude des serviteurs de l’Etat qui sont corrompus. A mon avis, si les choses mettent du temps à changer, c’est parce que ceux qui représentent la vraie force de ce pays n’ont pas encore pris conscience de leur potentiel de changement et de réalisation. Si tous les habitants de ce pays se mettent, comme un seul homme à prendre soin des rues, ne serait-ce qu’en évitant de jeter leurs ordures de façon anarchique ; et si tous les usagers des services publics sont prêts à se conformer aux règles, ce qui signifie le plus souvent attendre son tour tout simplement, alors les choses s’arrangeraient plus facilement. Et dans ce cas, les dirigeants eux-mêmes se verraient dans l’obligation de faire correctement ce pourquoi ils ont été responsabilisés.

Oui, Abidjan peut devenir propre !

Oui, Abidjan peut devenir une ville propre. Oui, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cameroun… peuvent se développer. Pourvu que les peuples africains jouent leur rôle : celui de réclamer ce qui leur revient, par des comportements cohérents avec une mentalité de progrès.

J’ai l’espoir qu’à force de le dire, ce sera un jour entendu.

Karl

Bloggeur africain

Lutte contre la corruption : l’Union Africaine s’y met enfin !

1 février 2010

En matière de lutte contre la corruption en Afrique, on est déjà habitué aux initiatives nationales sans grande conviction, ainsi qu’à celles des ONG qui se démènent comme de baux diables sans grand résultat. À ce propos, on peut rappeler l’initiative « Publish What You Pay » (PWYP, en français Publiez ce Que Vous Payez – PQVP), émanant d’une coalition d’ONG qui, en 2002, ont décidé mettre sur le devant de la scène la nécessité d’une gestion plus claire des revenus issus des industries minières, pétrolières ou gazière dans les pays en développement.

Enfin, l’Union Africaine (UA) a décidé de s’attaquer à l’un des plus grands maux des économies africaines. Et je crois que ce n’est vraiment pas trot tôt !

En effet, selon une étude disponible au niveau de la Commission de l’UA, la corruption fait perdre à l’Afrique le bénéfice de 10% de ses richesses. Outre les administrations publiques qui sont souvent touchées au plus haut niveau, cette corruption se traduit par le trafic de drogue et le blanchissement d’argent.

C’est pour cela que l’organisation panafricaine a décidé, lors d’une rencontre tenue le mercredi 27 janvier dernier, de créer d’une Commission spéciale de lutte contre la corruption, dont le rôle sera principalement d’aider les États africains à se doter de législations anti-corruption.

Même si l’initiative est louable, il faut reconnaître que pour ce qui concerne son efficacité (en terme de réduction de la corruption), rien ne la garantit. Car, si le rôle de cette nouvelle commission se limite à « encourager » les États à mettre en place des mécanismes anti-corruption, j’avoue que je n’y crois pas du tout. On sait très bien que dans nos contrées, une chose est de voter les lois et de mettre en place des institutions, mais une autre, très différente, est de mettre en œuvre effectivement les mécanismes décidés. La convention de l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption est là pour nous le rappeler, elle qui, depuis le 11 juillet 2003, cherche à « Promouvoir et renforcer la mise en place en Afrique, par chacun des États parties, des mécanismes nécessaires pour prévenir, détecter, réprimer et éradiquer la corruption et les infractions assimilées dans les secteurs public et privé » (article 2). Ce qu’il faut, c’est une vraie « police supranationale » qui a le droit de sanctionner les régimes. Oui, à mon avis, le mal est si profond que pour le chasser, les États africains n’ont pas d’autre choix que d’abandonner une partie de leur souveraineté aux mains d’une institution comme l’Union Africaine, du moins dans ce domaine (et dans plusieurs autres d’ailleurs !).

Sinon, ce ne sera qu’une énième initiative comme on a maintenant pris l’habitude de les voir : elles naissent en grandes pompes, cristallisant tous les espoirs des peuples africains, mais elles s’éteignent dans un anonymat tout aussi remarquable, parce que les résultats ne suivent pas.

K@rl

Blogueur africain