Archive for the ‘Réflexion’ category

La journée de la liberté de la presse : pour quoi faire ?

5 mai 2010


Hier (lundi 3 mai 2010), le monde entier a célébré la journée de la liberté de la Presse. Celle journée internationale, instituée en 1990 avec comme objectif principal de promouvoir la liberté de la presse, maillon incontournable du développement de la démocratie, s’est déroulée alors que, selon Reporters Sans Frontières (RSF), la situation encore difficile pour les journalistes à travers le monde : en 2010, 9 Journalistes tués, 168 journalistes et 9 collaborateurs emprisonnés. Et les pays qui font offices de prédateurs en la matière sont la Chine, l’Iran, le Rwanda, le Nigeria… C’est dire combien, au 21ème siècle, l’information a un coût encore exhorbitant.

En Côte d’Ivoire, la journée a été marquée par l’organisation d’un panel sur le thème « Médias ivoiriens : les acquis des cinquante ans et les défis du futur » (lire le Frat Mat de ce jour). On comprend donc que c’est l’occasion de réfléchir sur le sens de la liberté de la presse et surtout, sur ce qui en est fait dans nos pays qui ont connu (et connaissent encore) une longue période de musellement de la presse, au service de la pensée unique véhiculée par le parti unique.

Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, on peut se réjouir d’une relative ouverture, en comparaison à l’époque du parti unique. En effet, avec l’instauration du multipartisme dans les années 1990, on a assisté à une floraison de lignes éditoriales qui, au fil du temps ont gagné, à force de combats et d’emprisonnements, une plus grande liberté dans le choix de l’information à diffuser et dans les opinions à promouvoir (même si ce n’est pas encore la perfection en la matière, loin s’en faut !).

Cependant, la question qui, à mon sens, mérite d’être posée en ce 20ème anniversaire de la journée mondiale de la liberté de la presse, c’est de savoir ce que les journalistes africains en général et en particulier ceux de la Côte d’Ivoire, ont fait de la plus grande liberté dont ils bénéficient aujourd’hui. Quelle gestion ?

À ce niveau, le bilan n’est pas des plus reluisants. Du tout ! On constate qu’au contraire de ce à quoi on devait s’attendre, il s’est installé (et renforcé dans le temps) une très forte corrélation entre journalisme et politique, une corrélation qui par sa nature s’avère néfaste à la démocratie. En effet, au lieu de chercher à améliorer leur professionnalisme et d’aborder les sujets avec le recul et la partialité nécessaires à une bonne information, plusieurs journaux sont à la solde, soit de partis politiques, soit d’hommes politiques dont ils se consacrent à faire l’apologie, au détriment de la recherche d’une information juste et l’expression d’opinions pertinentes. Désormais, il faut se méfier deux fois plus qu’avant des unes des journaux ivoiriens, surtout lorsqu’elles sont grosses et paraissent attractives. Parce qu’en général, elles annoncent un petit article dans lequel on trouve moins d’informations que d’atalaku (terme ivoirien désignant les louanges dites de quelqu’un) ou d’insultes.

Tout cela n’est pas fait pour arranger la démocratie, ni pour encourager le développement. S’il est vrai que la presse doit être libre pour soutenir la démocratie, il n’en reste pas moins que cette liberté a besoin d’une gestion rigoureuse par ceux qui tiennent la plume. C’est pour cela que je pense que les média sociaux en ligne tels que les blogs peuvent, s’ils sont bien utilisés, représenter une puissante alternative aux carences des journaux classiques et peut-être même les obliger (à travers la concurrence implicite), à réviser leur position. Pour que l’Afrique avance !

Ch@rlie

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Situation socio-politique en Côte d’Ivoire : le « calme » avant la tempête ?

31 mars 2010

M. Alain Lobognon, Conseiller Spécial du Premier Ministre Soro Guillaume

Le front politique en Côte d’Ivoire est caractérisé ces dernières semaines par une sorte de cacophonie qui semble annoncer une tempête, si rien n’est fait. C’est pourquoi, à mon sens, c’est plus qu’un devoir pour chaque ivoirien et même chaque africain, de s’arrêter un instant pour réfléchir et faire des propositions allant dans le sens d’une sortie de crise sans (nouveau) dommage.
Ce que j’appelle cacophonie, ce sont les déclarations tout aussi tonitruantes que contradictoires qui fusent ça et là, de part et d’autre des deux camps (anciennement) en belligérance. En fait, ce qui me semble pour le moins inquiétant, c’est que depuis un certain temps, on commençait à s’habituer à une entente tacite entre le camp présidentiel et les Forces Nouvelles (FN), qui semblait tenir d’une sorte de « gentlement agreement ». Mais voilà que, tout à coup, les vieilles haches de guerre sont déterrées.
De quoi s’agit-il exactement ?
Le débat sur la chronologie entre le désarmement et la tenue des élections refait surface de la plus mauvaise manière qui soit, chaque camp voulant retenir l’enchainement qui l’arrange le mieux, au mépris, pour certains, des textes pourtant signés d’accord partie.
Le camp présidentiel réclame, à cor et a cris, le désarmement total des Forces Nouvelles avant d’envisager un quelconque scrutin, alors que les FN, de leur côté, se focalisent sur la nécessité d’achever au plus tôt la liste électorale afin de passer aux élections. Me Afoussy Bamba, nouvelle Porte-Parole des FN, de préciser que les Accords de Ouagadougou ne demadent pas que « le dernier soldat FN dépose les armes avant la tenue des élections ». Et le Ministre Sidiki Konaté de renchérir « le désarmement concerne autant les forces loyalistes que les FN ». A côté de cela, on a le RHDP (la coalition des principaux partis politiques d’opposition) qui, par la voie de leur jeunesse, demandent la tenue des élections dans les plus brefs délais.
Ce que cela m’inspire
A mon avis, cette situation est bien caractéristique de l’Afrique où on pense que, si on n’est pas d’accord sur un sujet, alors on devient automatiquement des ennemis, ce qui est proprement antinomique avec les valeurs fondamentales de la démocratie qui, elle, est fondée sur le débat contradictoire. En effet, à bien y regarder, si on avait privilégié le débat contradictoire avec comme objectif d’abourit aux décisions les meilleures, et pas forcément à celle qui avantagent tel ou tel camp, c’est sûr qu’on ne parlerait pas aujourd’hui de guerre en Côte d’Ivoire !
Mais d’un autre côté, sans vouloir prendre parti dans cette « dispute » politique partisane, j’aimerais souligner que si l’on veut vraiment avoir des élections utiles, on ne peut pas se permettre de passer outre deux conditions essentielles : la confections d’une liste électorale « propre » (c’est-à-dire avec le moins de constestations possible), et le retour à une situation militaire à peu près normale( c’est-à-dire où il y a une seule armée sur le terrain). Maintenant, pour l’opérationnalisation et la mise en oeuvre pratique de ces deux conditions, vu la tension actuelle, je préconise que le dialogue soit intensifié et que toutes les décisions se prennent dans la transparence, sur la base des accords déjà signés, notamment l’APO, qui affirme bien, n’en déplaise à Me Afoussy Bamba, que le désarmement doit avoir lieu au moins deux mois avant la tenue des élections.
J’espère de tout coeur que les politiques ivoiriens sauront retrouver le chemin d’un dialogue franc et efficace.
K@rl
Blogueur africain

Sélectionneur des éléphants de Côte d’Ivoire : and the winner is… Sven-Göran Eriksson

29 mars 2010

Sven-Göran Eriksson, le nouvel entraîneur des éléphants

Enfin, Anoma et ses amis de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) ont décidé de libérer les ivoiriens qui auront été tenus en haleine un mois durant. Hier dimanche 28 mars 2010, le nom fétiche a été dévoilé : il s’agit du suédois Sven-Göran Eriksson, qui a été recruté pour conduire les éléphants de Côte d’Ivoire à la coupe du monde de football qui se déroulera en juin prochain en Afrique du Sud.
Le curriculum de l’élu
Sven-Göran Eriksson est né le 5 février 1948 à Torsby dans le comté de Värmland en Suède. Comme joueur, il s’est illustré dans les divisions suédoises inférieures, au KB Karlskoga et au Degerfors IF, avant de devoir prendre une retraite prématurée suite à une blessure au genou en 1975. Il devient alors entraîneur adjoint puis entraîneur de Degefors, faisant passer cette équipe de la troisième à la première division en trois ans.
Il devient en 2001 le premier étranger à être nommé sélectionneur de l’équipe d’Angleterre, ce qui donne lieu dans les tabloïds (presse à scandale) à de violentes réactions. Malgré des résultats mitigés à la coupe du monde de 2002 et au championnat d’Europe 2004, il reste sous contrat avec la fédération anglaise jusqu’en août 2006, soit la fin de la Coupe du Monde 2006.

Sven-Göran Eriksson

Le 26 juin 2007 , il est nommé entraineur de Manchester City, puis après 1 an d’inactivité, il devient sélectionneur de l’équipe nationale du Mexique le 3 juin 2008, à la place d’Hugo Sanchez, remercié en mars. Enfin le 2 avril, il est remercié de son poste de sélectionneur mexicain, par manque de résultats. En juillet 2009, il devient Manager général de Notts County Football Club équipe anglaise alors en 4ème division. Suite a des désaccords avec la nouvelle équipe dirigeante, il démissionne le 12 février 2010.
Mes inquiétudes
La première, vous la devinez, c’est que le nouveau sélectionneur des éléphants n’a pas une bonne expérience au niveau international. En effet, après son coup d’éclat en Suède dans les années 1980, ses interventions en Angleterre et au Mexique n’ont pas été des plus brillantes. Il a même été remercié du Mexique pour insuffisance de résultat. Je me demande bien si le groupe ivoirien lui permettra de faire des miracles, quand on sait les problèmes qui le minent, en dehors des réglages purement footbalistiques à faire.
Secundo, la lettre de mission de Ericksson me semble pour le moins vague : on parle d’assurer une « participation honorable » à la Coupe du monde. Mais que signifie cela ?
En tous cas, moi, je fais partie de ceux qui doutent fortement que les éléphants puissent, surtout avec cet entraîneur, faire quelque prouesse à cette compétition de haut niveau. Il n’y a qu’à considérer le temps de préparation qu’ils auront avec leur nouvel entraîneur.
K@rl
Blogueur africain

Réforme du système de santé américain : que signifie la victoire d’Obama ?

26 mars 2010

Une américaine acquise à la cause de la réforme Obama. Photo : Reuters

Barack Obama, on peut l’aimer ou ne pas l’aimer, mais il faut reconnaître qu’il est un modèle de ténacité et d’abnégation. Pendant plus d’un an, malgré les multiples oppositions à son idée de départ, il a réussi progressivement à gagner l’adhésion même des républicains les plus difficiles à convaincre, afin de faire passer sa réforme du système de soins de santé.
De quoi s’agit-il ?
Avant tout, il convient de décrire en quelques mots le système de soins de santé auquel la réforme s’attaque : aux États-Unis, l’assurance maladie dépend surtout d’assureurs privés. Les pouvoirs publics garantissent uniquement les soins aux personnes âgées ou démunies. Mais contrairement à ce que l’on peut croire, même les non-assurés ont accès à des soins de santé gratuits offerts par les hôpitaux publics, centres de santé communautaires, hôpitaux universitaires, etc.
En 2010, 83,5 % des Américains possèdent une assurance maladie et 50 millions (les 16,5% restants) en sont privés. Mais pour ces « exclus », il s’agit plus de non-assurance volontaire que d’incapacité à s’assurer. Le vrai problème avec ce système, c’est qu’il revient trop cher au gouvernement fédéral : d’après les données de l’OCDE, les dépenses publiques de santé s’élèvent à 2.464 $ par habitant, et une partie importante des cotisations n’est pas réinvestie dans la santé mais part en frais administratifs, marketing et bénéfices.
La proposition d’Obama
L’objectif poursuivi par la réforme du Président américain est de faire en sorte que tous les américains, quel que soit leur niveau de revenu, souscrivent à une assurance maladie, et de réduire de façon substantielle le gaspillage des ressources publiques en rationalisant les dépenses de santé, à travers notamment la lutte contre la fraude.
Pour ce faire, les principaux axes de cette réforme sont les suivants :
1. obliger tous les Américains à souscrire à une assurance avant 2014, sous peine de sanctions ;
2. obliger les assurances à couvrir tous les américains, quels que soient leurs antécédents médicaux ;
3. octroyer une aide financière aux familles à faibles revenus (revenus inférieurs à 88.000 dollars par an) à travers des crédits d’impôts
4. rendre le marché des assurances plus concurrentiel en vue de faire baisser les prix.
Évidemment, une telle réforme comporte un coût énorme, ce qui a longtemps été la pomme de discorde entre M. Obama et les détracteurs de ses propositions. En effet, la mise en œuvre des mesures nécessaires pour atteindre ces objectifs, nécessitera pas moins de 940 milliards de dollars (soit 455.890 milliards de FCFA) sur dix ans. Pour en assurer le financement, la réforme prévoit de lever de nouvelles taxes sur les revenus élevés, et d’agir dans le sens de la baisse des dépenses de santé.
Pourquoi je vous parle de tout ça ?
C’est vrai, les Etats-Unis, ce n’est pas l’Afrique. Mais rassurez-vous, ce n’est pas simplement pour nous amener à convoiter des situations inaccessibles pour nous les pauvres africains ! C’est surtout pour nous faire prendre conscience que dans un pays, quand on veut vraiment faire bouger les choses dans le bon sens, on peut y arriver, quelles que soient les oppositions et autres pesanteurs auxquelles on pourrait faire face. Et le succès d’Obama sur un sujet aussi figé au Etats-Unis (en tous cas depuis 1933 au moins), montre que si on a une race de nouveaux africains prêts à s’investir sans rien attendre en retour, le continent pourra enregistrer des avancées notables.
Pour que l’Afrique avance !
K@rl
Blogueur africain

Avatar ou le rêve de James

25 mars 2010

Avatar

Avatar - l'affiche

Si j’ai choisi de parler de ce film qui défraie la chronique, c’est parce que je l’ai regardé (trois fois déjà!), et que j’y ai trouvé des choses intéressantes à partager. Et pendant que je m’apprêtais à vous livrer mes élucubrations là-dessus, je me suis rendu compte que tout un monde (en ligne) est en train de se créer autour de ce film, et pas seulement pour des raisons évidentes de marketing !
Si je vous dis « kaltxi », cela n’évoque peut-être rien pour vous ! Mais laissez-moi vous dire que cela signifie « bonjour » dans la langue Na’vi, la langue des Omatikaya, cet étrange peuple bleu qui vit sur la planète Pandora, au pied de l’arbre-maison (HomeTree). Figurez-vous que James Cameron, ne voulant pas se limiter à faire semblant de créer un peuple avec une culture et une langue propres, l’a vraiment fait, même si ce peuple et cette langue n’existent que dans son film.
En effet, dans la plupart des cas, les réalisateurs ont pour habitude d’inventer quelques phrases étranges qu’ils font répéter aux acteurs tout au long du film, en prenant le soin, par exemple, de changer les intonations, histoire de faire croire à une langue à part. Mais pour Avatar, M. Cameron s’est attaché les services du Dr Paul Frommer, Professeur de linguistique, pour créer une langue intelligible et bien construite, que l’on peut même apprendre. Sur le site Learn Na’vi (http://www.learnnavi.org/), vous pouvez trouver plein de documents sur la langue et la culture de ce peuple (virtuel).
En fait, si je dis tous ça, c’est pour une seule raison : j’ai été impressionné par le travail abattu par James et son équipe pour réaliser le chef-d’œuvre que nous pouvons contempler aujourd’hui. Et cela me permet de dire que le succès fulgurant d’Avatar au box office n’est pas le fruit du hasard, comme il fallait s’y attendre. Ce film est l’un des plus coûteux de toute l’histoire du cinéma : selon The New York Times, le budget d’Avatar s’élèverait à 460 millions de dollars américains, mais son succès public fulgurant lui a permis de dégager des bénéfices après seulement dix jours d’exploitation, puis de récolter plus de 2,4 milliards de dollars américains de recettes (enregistrées au 21 février 2010). Les longs mois de recherche et de veilles de l’équipe ont fini par payer, et c’est là un des premiers enseignements à tirer de ce succès.
Pour en revenir à l’histoire, pour ne pas vous enlever l’envie de la découvrir (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait), je dirais que pour moi, il s’agit ni plus ni moins que d’une Aude à la nature et d’un appel à respecter les autres créatures. Chose que les hommes ont du mal à comprendre aujourd’hui, eux qui ne savent même pas respecter leur propre vie ou celle de leurs semblables !
En tous cas, je vous conseille fortement de vous rendre en salle le plus tôt possible (si ce n’est déjà fait) pour déguster ce chef-d’oeuvre merveilleux, et vous mettre à rêver avec James d’un monde où la nature reprend sa place.
Bonne séance !

K@rl
Bloggeur africain

Délestage en Côte d’Ivoire : est-ce vraiment fini ?

22 mars 2010

SEM. Laurent Gbagbao, Président de la République de Côte d'Ivoire

Depuis un peu plus de deux mois, la Côte d’Ivoire vit une situation (in)habituelle de délestage qui nous rappelle étrangement celle que nous avons vécue dans les années 80, et sur laquelle j’ai déjà écrit le 5 février dernier.

Aujourd’hui, je reviens sur ce sujet, parce que je crois que les dernières nouvelles, qui semblent entretenir une certaine euphorie, méritent qu’on s’y attarde un peu.

En effet, dans son adresse à la nation du 13 mars dernier, le Président de la République, SEM. Laurent Gbagbo, certainement sur l’éclairage des techniciens maison, promet la fin du calvaire pour dans quelques jours. Mais dans ce discours, il y a des passages qui ont retenu mon attention et m’ont amené à me poser des questions, questions que je voudrais partager avec vous, mes chers lecteurs :

« La cause essentielle de cette situation, c’est un accidentNous faisons face aux conséquences d’un accident. D’après les spécialistes, le type d’accident survenu à AZITO en décembre dernier est rare. Ni l’Etat ni les opérateurs eux-mêmes ne pouvaient le prévoir survenu le 22 décembre 2009 sur les installations de la centrale d’Azito. Cet accident a provoqué l’arrêt d’une turbine, entraînant une chute brutale de la production d’électricité… « . Moi je persiste à croire que même s’il s’agit d’un accident, non seulement on aurait pu l’éviter en respectant un bon programme d’entretien des installations disponibles, mais également, on aurait pu en limiter les conséquences en prenant les bonnes décisions depuis fort longtemps. A ce propos, je reviens sur les investissements qui auraient dû être faits depuis les années 80 après le premier délestage. Comprenez que mon propos n’est pas de fustiger l’action du gouvernement en place, mais de poser des questions pertinentes sur la gestion du pays depuis sa naissance.

« Au moment de l’accident, nous produisions 830 mégawatts, pour une demande moyenne de 875 mégawatts par jour. Soit un déficit de 30 mégawatts hors pointe. Ce déficit était dû à la baisse saisonnière du niveau de l’eau dans les barrages. La panne survenue à AZITO a réduit la production de 150 mégawatts, portant le déficit à 180 mégawatts, hors pointe« . Voyez-vous, chers lecteurs, cette information montre qu’en réalité, nous sommes dans une situation de « délestage permanent », contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Si la production ne parvient pas à couvrir la demande, pour un bien que l’on ne peut stocker, c’est dire que pour satisfaire tout le monde, il va falloir rationner certains clients à certaines périodes. Et je comprends maintenant ces petites coupures intempestives auxquelles on a fini par s’habituer, tellement elles sont devenues fréquentes et compte tenu de leur courte durée. En fait, on était en situation de délestage « à petite dose », et il a fallu « cet accident » pour qu’on se penche sur ce problème presque vieux comme la Côte d’Ivoire.

Voici encore l’illustration d’une caractéristique de la gouvernance africaine que je m’emploie à décrier chaque fois que j’en ai l’occasion : nous avons des pompiers à la place des planificateurs, et il faut des catastrophes pour qu’on sorte les échelles et les lance-eau…

« La politique des barrages hydroélectriques produisant de l’électricité à bon marché, a été abandonnée au profit de centrales thermiques. Ces infrastructures nous ont certes permis de combler le déficit de production mais elles ont contribué à creuser le déficit financier structurel du secteur. Il est avéré que l’électricité produite par les centrales thermiques est plus chère que celle produite par les centrales hydroélectriques« . Dans un pays tropical où on a le soleil au moins 12 heures par jour 365 jours par an, devant les problèmes de production hydroélectrique (peut-être dus à la sécheresse), on court vers le thermique, et cela résulte en un surcoût que l’Etat a du mal à combler. On entre donc dans un engrenage vicieux qui fait que ce que l’Etat aurait dû utiliser pour faire des investissements dans le secteur, doit être utilisé pour subventionner le bien produit en quantité insuffisante. Quelqu’un peut-il me dire combien coûte la production de l’énergie électrique solaire dans un pays ensoleillé comme la Côte d’Ivoire ?

« Nous avons encore une semaine à subir les délestages, le temps que la turbine d’AZITO soit réparée« . En tous cas, moi, je persiste à croire que tant que les capacités de production n’ont pas dépassé la demande d’au moins un tiers, on n’est pas à l’abri d’un autre « accident ». Ou bien ?

K@rl

Bloggeur africain

Nigéria : la proposition (indécente) de Khadafi

19 mars 2010

Mouhamar Khadafi, le Guide libyen

Devant la resurgence des violences au Nigéria, il semble que toute la planète se sente concernée. Et chacun d’y aller avec son analyse des causes et  des solutions idoines. Mais il en est un (de ces chacuns là), qui a marqué les esprits plus que les autres : il s’agit du Guide libyen Mouhamar Khadafi qui, s’adressant le lundi 15 mars dernier à des étudiants africains réunis à Tripoli, a proposé que le Nigéria soit divisé en deux parties que se partageraient les chrétiens et les musulmans, à l’image de ce qui s’est passé en 1947 dans le sous-continent indien et qui a conduit à la naissance du Pakistan.

La religion n’est pas la (seule) cause des conflits au Nigéria

Tout d’abord, la proposition (indécente) de Monsieur Khadafi me semble pour le moins hazardeuse, parce qu’elle part des prémisses selon lesquelles le problème de fond au Nigéria, se résume en une question religieuse. Or, sur la question, plusieurs analyses concurrentes ont tendance à s’accorder sur la complexité du dossier qui relèverait en même temps de conflits ethniques, religieux et de partage des ressources (agraires notamment).

La proposition khadafienne ne peut prospérer

Mais même si on acceptait l’hypothèse fondatrice de la proposition (indécente) du Guide libyen, force est de constater qu’elle ne paraît pas appropriée, et ce pour au moins trois raisons :

Primo, la séparation des chrétiens d’avec les musulmans ne résoudrait pas pour autant la question des conflits (inter-)religieux, loin s’en faut ! Il n’y a qu’à considérer le cas utilisé par M. Khadafi comme exemple : les problèmes (inter-)religieux sont-ils expurgés du Pakistan et de l’Inde ? Pas si sûr ! Et puis, il ne faut pas oublier qu’au nigéria, il n’y a pas que des chrétiens ou des musulmans ! Il y a, entre autres, les animistes qui, quoi qu’on en parle très peu, devraient représenter une frange importante de la population, dans la mesure où plusieurs de ceux qui se disent chrétiens ou musulmans ne se privent pas de ces pratiques. A cette allure, il faudra bientôt diviser la partie réservée aux chrétiens en celle revenant aux chrétiens-animistes et celle devant appartenir aux chrétiens-non animistes…

Secundo, sur la question du pétrole qui n’a pas fini de cristalliser les énergies opposées au Nigéria, le Guide n’a pas précisé dans quel sens le tracé serait fait pour qu’aucune partie ne se sente lésée dans le partage de l’or noir, principale ressource du pays. Je crois que cette question à elle seule peut invalider la solution khadafienne.

Et enfin, tercio, le raisonnement de M. Khadafi constitue ce que j’appelle une incohérence dynamique : car si on la pousse aussi loin que possible, on s’achemine vers des micro-Etats dont la seule légitimité serait la religion commune à leurs citoyens, ce qui va totalement à l’opposé du trend actuel, qui est plutôt aux grands rassemblements sur la base d’intérêts économiques. Ma question : comment le « père » de l’Union africaine peut-il s’autoriser un tel raisonnement ? A lui de répondre.

Ma solution à moi aux conflits (inter-)religieux

A mon avis, la solution aux conflits (inter-)religieux, ce n’est pas de créer des Etats « religieux » (cela fait partie du problème), mais plutôt d’amener tous les pays à la surface de la Terre à libéraliser la religion. C’est-à-dire que dans n’importe quel pays du monde, tout homme devrait être libre de choisir la religion qui lui convient le mieux. Cette libéralisation a l’avantage, si elle est convenablement appliquée, de faire en sorte que la saine émulation des religions conduise à un monde avec le nombre minimal de religions, les plus mauvaises étant abandonnées parce que personne n’y est plus contraint.

Evidemment, il va sans dire qu’une telle solution nécessite que les adeptes des religions acceptent de respecter les croyances des autres et de se soumettre aux lois des pays ! Toujours est-il que je pense profondément que M. Khadafi a tort de faire cette proposition (indécente). Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggeur africain