Archive for the ‘Politique’ category

Situation socio-politique en Côte d’Ivoire : le « calme » avant la tempête ?

31 mars 2010

M. Alain Lobognon, Conseiller Spécial du Premier Ministre Soro Guillaume

Le front politique en Côte d’Ivoire est caractérisé ces dernières semaines par une sorte de cacophonie qui semble annoncer une tempête, si rien n’est fait. C’est pourquoi, à mon sens, c’est plus qu’un devoir pour chaque ivoirien et même chaque africain, de s’arrêter un instant pour réfléchir et faire des propositions allant dans le sens d’une sortie de crise sans (nouveau) dommage.
Ce que j’appelle cacophonie, ce sont les déclarations tout aussi tonitruantes que contradictoires qui fusent ça et là, de part et d’autre des deux camps (anciennement) en belligérance. En fait, ce qui me semble pour le moins inquiétant, c’est que depuis un certain temps, on commençait à s’habituer à une entente tacite entre le camp présidentiel et les Forces Nouvelles (FN), qui semblait tenir d’une sorte de « gentlement agreement ». Mais voilà que, tout à coup, les vieilles haches de guerre sont déterrées.
De quoi s’agit-il exactement ?
Le débat sur la chronologie entre le désarmement et la tenue des élections refait surface de la plus mauvaise manière qui soit, chaque camp voulant retenir l’enchainement qui l’arrange le mieux, au mépris, pour certains, des textes pourtant signés d’accord partie.
Le camp présidentiel réclame, à cor et a cris, le désarmement total des Forces Nouvelles avant d’envisager un quelconque scrutin, alors que les FN, de leur côté, se focalisent sur la nécessité d’achever au plus tôt la liste électorale afin de passer aux élections. Me Afoussy Bamba, nouvelle Porte-Parole des FN, de préciser que les Accords de Ouagadougou ne demadent pas que « le dernier soldat FN dépose les armes avant la tenue des élections ». Et le Ministre Sidiki Konaté de renchérir « le désarmement concerne autant les forces loyalistes que les FN ». A côté de cela, on a le RHDP (la coalition des principaux partis politiques d’opposition) qui, par la voie de leur jeunesse, demandent la tenue des élections dans les plus brefs délais.
Ce que cela m’inspire
A mon avis, cette situation est bien caractéristique de l’Afrique où on pense que, si on n’est pas d’accord sur un sujet, alors on devient automatiquement des ennemis, ce qui est proprement antinomique avec les valeurs fondamentales de la démocratie qui, elle, est fondée sur le débat contradictoire. En effet, à bien y regarder, si on avait privilégié le débat contradictoire avec comme objectif d’abourit aux décisions les meilleures, et pas forcément à celle qui avantagent tel ou tel camp, c’est sûr qu’on ne parlerait pas aujourd’hui de guerre en Côte d’Ivoire !
Mais d’un autre côté, sans vouloir prendre parti dans cette « dispute » politique partisane, j’aimerais souligner que si l’on veut vraiment avoir des élections utiles, on ne peut pas se permettre de passer outre deux conditions essentielles : la confections d’une liste électorale « propre » (c’est-à-dire avec le moins de constestations possible), et le retour à une situation militaire à peu près normale( c’est-à-dire où il y a une seule armée sur le terrain). Maintenant, pour l’opérationnalisation et la mise en oeuvre pratique de ces deux conditions, vu la tension actuelle, je préconise que le dialogue soit intensifié et que toutes les décisions se prennent dans la transparence, sur la base des accords déjà signés, notamment l’APO, qui affirme bien, n’en déplaise à Me Afoussy Bamba, que le désarmement doit avoir lieu au moins deux mois avant la tenue des élections.
J’espère de tout coeur que les politiques ivoiriens sauront retrouver le chemin d’un dialogue franc et efficace.
K@rl
Blogueur africain

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Réforme du système de santé américain : que signifie la victoire d’Obama ?

26 mars 2010

Une américaine acquise à la cause de la réforme Obama. Photo : Reuters

Barack Obama, on peut l’aimer ou ne pas l’aimer, mais il faut reconnaître qu’il est un modèle de ténacité et d’abnégation. Pendant plus d’un an, malgré les multiples oppositions à son idée de départ, il a réussi progressivement à gagner l’adhésion même des républicains les plus difficiles à convaincre, afin de faire passer sa réforme du système de soins de santé.
De quoi s’agit-il ?
Avant tout, il convient de décrire en quelques mots le système de soins de santé auquel la réforme s’attaque : aux États-Unis, l’assurance maladie dépend surtout d’assureurs privés. Les pouvoirs publics garantissent uniquement les soins aux personnes âgées ou démunies. Mais contrairement à ce que l’on peut croire, même les non-assurés ont accès à des soins de santé gratuits offerts par les hôpitaux publics, centres de santé communautaires, hôpitaux universitaires, etc.
En 2010, 83,5 % des Américains possèdent une assurance maladie et 50 millions (les 16,5% restants) en sont privés. Mais pour ces « exclus », il s’agit plus de non-assurance volontaire que d’incapacité à s’assurer. Le vrai problème avec ce système, c’est qu’il revient trop cher au gouvernement fédéral : d’après les données de l’OCDE, les dépenses publiques de santé s’élèvent à 2.464 $ par habitant, et une partie importante des cotisations n’est pas réinvestie dans la santé mais part en frais administratifs, marketing et bénéfices.
La proposition d’Obama
L’objectif poursuivi par la réforme du Président américain est de faire en sorte que tous les américains, quel que soit leur niveau de revenu, souscrivent à une assurance maladie, et de réduire de façon substantielle le gaspillage des ressources publiques en rationalisant les dépenses de santé, à travers notamment la lutte contre la fraude.
Pour ce faire, les principaux axes de cette réforme sont les suivants :
1. obliger tous les Américains à souscrire à une assurance avant 2014, sous peine de sanctions ;
2. obliger les assurances à couvrir tous les américains, quels que soient leurs antécédents médicaux ;
3. octroyer une aide financière aux familles à faibles revenus (revenus inférieurs à 88.000 dollars par an) à travers des crédits d’impôts
4. rendre le marché des assurances plus concurrentiel en vue de faire baisser les prix.
Évidemment, une telle réforme comporte un coût énorme, ce qui a longtemps été la pomme de discorde entre M. Obama et les détracteurs de ses propositions. En effet, la mise en œuvre des mesures nécessaires pour atteindre ces objectifs, nécessitera pas moins de 940 milliards de dollars (soit 455.890 milliards de FCFA) sur dix ans. Pour en assurer le financement, la réforme prévoit de lever de nouvelles taxes sur les revenus élevés, et d’agir dans le sens de la baisse des dépenses de santé.
Pourquoi je vous parle de tout ça ?
C’est vrai, les Etats-Unis, ce n’est pas l’Afrique. Mais rassurez-vous, ce n’est pas simplement pour nous amener à convoiter des situations inaccessibles pour nous les pauvres africains ! C’est surtout pour nous faire prendre conscience que dans un pays, quand on veut vraiment faire bouger les choses dans le bon sens, on peut y arriver, quelles que soient les oppositions et autres pesanteurs auxquelles on pourrait faire face. Et le succès d’Obama sur un sujet aussi figé au Etats-Unis (en tous cas depuis 1933 au moins), montre que si on a une race de nouveaux africains prêts à s’investir sans rien attendre en retour, le continent pourra enregistrer des avancées notables.
Pour que l’Afrique avance !
K@rl
Blogueur africain

Nigéria : la proposition (indécente) de Khadafi

19 mars 2010

Mouhamar Khadafi, le Guide libyen

Devant la resurgence des violences au Nigéria, il semble que toute la planète se sente concernée. Et chacun d’y aller avec son analyse des causes et  des solutions idoines. Mais il en est un (de ces chacuns là), qui a marqué les esprits plus que les autres : il s’agit du Guide libyen Mouhamar Khadafi qui, s’adressant le lundi 15 mars dernier à des étudiants africains réunis à Tripoli, a proposé que le Nigéria soit divisé en deux parties que se partageraient les chrétiens et les musulmans, à l’image de ce qui s’est passé en 1947 dans le sous-continent indien et qui a conduit à la naissance du Pakistan.

La religion n’est pas la (seule) cause des conflits au Nigéria

Tout d’abord, la proposition (indécente) de Monsieur Khadafi me semble pour le moins hazardeuse, parce qu’elle part des prémisses selon lesquelles le problème de fond au Nigéria, se résume en une question religieuse. Or, sur la question, plusieurs analyses concurrentes ont tendance à s’accorder sur la complexité du dossier qui relèverait en même temps de conflits ethniques, religieux et de partage des ressources (agraires notamment).

La proposition khadafienne ne peut prospérer

Mais même si on acceptait l’hypothèse fondatrice de la proposition (indécente) du Guide libyen, force est de constater qu’elle ne paraît pas appropriée, et ce pour au moins trois raisons :

Primo, la séparation des chrétiens d’avec les musulmans ne résoudrait pas pour autant la question des conflits (inter-)religieux, loin s’en faut ! Il n’y a qu’à considérer le cas utilisé par M. Khadafi comme exemple : les problèmes (inter-)religieux sont-ils expurgés du Pakistan et de l’Inde ? Pas si sûr ! Et puis, il ne faut pas oublier qu’au nigéria, il n’y a pas que des chrétiens ou des musulmans ! Il y a, entre autres, les animistes qui, quoi qu’on en parle très peu, devraient représenter une frange importante de la population, dans la mesure où plusieurs de ceux qui se disent chrétiens ou musulmans ne se privent pas de ces pratiques. A cette allure, il faudra bientôt diviser la partie réservée aux chrétiens en celle revenant aux chrétiens-animistes et celle devant appartenir aux chrétiens-non animistes…

Secundo, sur la question du pétrole qui n’a pas fini de cristalliser les énergies opposées au Nigéria, le Guide n’a pas précisé dans quel sens le tracé serait fait pour qu’aucune partie ne se sente lésée dans le partage de l’or noir, principale ressource du pays. Je crois que cette question à elle seule peut invalider la solution khadafienne.

Et enfin, tercio, le raisonnement de M. Khadafi constitue ce que j’appelle une incohérence dynamique : car si on la pousse aussi loin que possible, on s’achemine vers des micro-Etats dont la seule légitimité serait la religion commune à leurs citoyens, ce qui va totalement à l’opposé du trend actuel, qui est plutôt aux grands rassemblements sur la base d’intérêts économiques. Ma question : comment le « père » de l’Union africaine peut-il s’autoriser un tel raisonnement ? A lui de répondre.

Ma solution à moi aux conflits (inter-)religieux

A mon avis, la solution aux conflits (inter-)religieux, ce n’est pas de créer des Etats « religieux » (cela fait partie du problème), mais plutôt d’amener tous les pays à la surface de la Terre à libéraliser la religion. C’est-à-dire que dans n’importe quel pays du monde, tout homme devrait être libre de choisir la religion qui lui convient le mieux. Cette libéralisation a l’avantage, si elle est convenablement appliquée, de faire en sorte que la saine émulation des religions conduise à un monde avec le nombre minimal de religions, les plus mauvaises étant abandonnées parce que personne n’y est plus contraint.

Evidemment, il va sans dire qu’une telle solution nécessite que les adeptes des religions acceptent de respecter les croyances des autres et de se soumettre aux lois des pays ! Toujours est-il que je pense profondément que M. Khadafi a tort de faire cette proposition (indécente). Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggeur africain

Madagascar : le syndrôme africain se répète !

18 mars 2010

Andry Rajoelina

Eh oui ! Les mêmes causes, dans les mêmes conditions, produisent inévitablement les mêmes effets. Et s’il y a, en Afrique, un pays qui illustre bien cette sagesse scientifique, c’est bien la Grande Île, elle qui a connu un long ballet de renversements consécutifs, sous l’oeil toujours approbateur du peuple (ou d’une partie du peuple ?).

Toujours est-il qu’après le dernier renversement en date, celui de Marc Ravalomanane par Andry Rajoelina, le pays est aujourd’hui plongé dans une crise politique dont les malgaches peinent à entrevoir la fin.

Que s’est-il passé ?

En effet, après plusieurs semaines de manifestations au bout desquelles l’armée a fini par prendre position pour lui, le Maire d’Antananarive a fini par prendre la place du Président malgache. On sait que par la suite, sous les auspices de la Communauté internationale (l’Union Africaine, la SADC, l’Organisation Internationale de la Francophonie et les Nations Unies), des accords ont été signés le 8 août 2009 à Maputo au Mozambique, par les quatre chefs de file des tendances politiques malgaches, en vue d’organiser une période de transition. Cette transition, qui ne devait pas durer plus de quinze mois à compter de la date de signature des accords, avait pour objectifs d’assurer la continuité de l’Etat et le respect de ses engagements nationaux et internationaux, de rétablir l’ordre et la sécurité, d’initier le processus « Vérité et Réconciliation », de concevoir et mettre en place des structures étatiques dans le respect mutuel  des diversités dans l’unité, et enfin, d’organiser les consultations populaires (referendum sur la constitution et élections) devant instaurer un nouvel ordre constitutionnel et mettre en place les institutions républicaines et démocratiques.Ces accords ont par ailleurs prévu, pour apaiser les tensions, une sorte d’aministie au profit des personnalités faisant l’objet de poursuites judiciaires, notamment Marc Ravalomanane.

Tout semblait bien parti quand, au grand dam de la communauté internationale, le nouvel homme fort d’Antananarive, Andry Rajoelina, montre des réticences à mettre en oeuvre lesdits accords. Plus de 7 mois après leur signature, on constate que rien n’a vraiment bougé, alors que la transition est censée ne durer que quinze mois.

La décision de l’Union Africaine

Devant le non respect des accords de Maputo, qu’elle impute principalement à Monsieur Rajoelina, l’Union Africaine a décidé de le contraindre à appliquer ce qu’il a signé de sa propre main (voir image ci-dessous), en lui infligeant des sanctions, à lui et à une centaine de ses partisans. Ces sanctions comprennent les restrictions de visa, le gel des avoirs dans les banques étrangères et les interdictions de voyage pour M. Rajoelina et 108 de ses partisans.

Signataires de l'Accord de Maputo

Mais ces décisions, que l’UA espère être endossées (et approfondies) par les autres acteurs de la scène politique internationale, suffiront-elles à faire fléchir le régime de Madagascar ? Rien n’est moins sûr, car dans le camp de M. Rajoelina, on évoque déjà un complot international (inédit) contre le pays. Certains de ses partisans affirment même que ces sanctions « ne leur font ni chaud ni froid », et le Président malgache de se faire passer pour un martyr au service du peuple : « si pour sauver le peuple, je dois subir des sanctions, alors je suis prêt à les assumer ».

Qui sont les vrais perdants ?

Entre-temps, les vrais perdants dans cette histoire, ce sont les 19 millions de malgaches qui, ayant cru en un véritable changement à l’avènement du nouveau régime, ne savent plus trop à quel saint se vouer.

Mais ce qu’il faut vraiment retenir dans cette histoire (valable pour tous les pays africains), c’est qu’il vaut mieux trouver les moyens d’impulser le changement par des voies pacifiques, que d’imposer un régime par la force, quelle que soit la légitimité dont celui-ci peut jouir auprès du peuple. Car l’histoire (lointaine comme récente) de l’Afrique a montré que pour la plupart, ce sont des personnes qui n’ont pas vraiment réfléchi à la direction que doit prendre le pays, et qui se lancent tôt ou tard dans des tergiversations préjudiciables à ceux qu’ils sont censés secourir. A bon entendeur, salut !

K@rl

Bloggeur africain

Elections présidentielles en Côte d’Ivoire : pourquoi on n’ira pas au vote de si tôt

17 mars 2010

Le Premier Ministre Soro Guillaume

Après la récente tempête politique qu’a connue la Côte d’Ivoire avec l’affaire des 429.000 faux électeurs de Beugré Mambé, les dissolutions et autres contestations qui se sont ensuivies, l’heure semble être désormais à la réflexion dans les différents états majors politiques. Tant mieux pour le processus de sortie de crise.

La semaine dernière, toute la hiérarchie des Forces Nouvelles (aux niveaux politique et militaire), s’est réunie à Bouaké pour analyser la situation socio-politique. Je trouve personnellement que c’est une très bonne chose, que ceux qui ont pris les armes montrent ainsi qu’ils ont désormais compris que les meilleurs victoires sont celles qui s’acquièrent par la réflexion, l’argumentation et le dialogue. Et les principales conclusions de ce conclave me permettent de donner à mon tour quelques réflexions sur l’avenir du processus électoral en Côte d’Ivoire.

La première conclusion, c’est que les Forces Nouvelles s’engagent (à nouveau) à appliquer le DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion). Je dis « à nouveau » parce qu’à mon avis, la signature de l’Accord de Ouagadougou le 4 mars 2007 marque de façon officielle cet engagement, accord qui met le DDR en bonne position parmi les actions de sortie de crise.

Mais là où je ne comprends pas bien la logique des Forces Nouvelles, c’est quand elles affirment que les reports successifs des élections décrédibilisent la classe politique, et qu’elles réclament à cor et à cri la tenue des élections présidentielles. Sur ce point, je crois qu’aucune partie prenante de la crise ne peut véritablement se plaindre, puisque toutes y sont pour quelque chose dans les différents piétinements du processus. Je dis bien tous !

Concernant les Forces Nouvelles en particulier, je crois que si le désarmement à du mal à avancer, c’est bien parce qu’elles font une sorte de « résistance », parce que, entre autres, cela signifierait pour plusieurs de leurs éléments, un saut dans l’inconnu, la situation actuelle représentant pour ceux-ci une véritable aubaine (je veux parler du contrôle des ressources des zones sous leur contrôle notamment).

Pourtant, je persiste à croire que la tenue des élections avant le désarmement est une grossière erreur. Même si le 4ème Accord complémentaire (signé le 22 décembre 2008) stipule en son article 4 que « En tout état de cause, la démobilisation des ex-combattants des Forces armées des forces nouvelles (Fafn) devra être achevée au plus tard deux mois avant la date fixée pour l’élection présidentielle« , force est de constater que sur le terrain, les choses n’avancent pas vraiment. Il en va de même pour les milices pro-gouvernementales (voir article 5 du même texte). Et tous ceux qui se plaignent aujourd’hui des reports des élections et qui réclament qu’on les organise demain ou après-demain, oublient de lire les accords que les protagonistes ont eux-mêmes signés pour garantir le succès du processus de sortie de crise.

Si nous voulons vraiment avoir des élections propres, je pense qu’il faut commencer par regarder la face militaire de la médaille. Le fait de se focaliser sur la face politique (qui malheureusement est la plus visible), nous fait perdre de vue l’importance d’avoir une armée refondée et restructurée, sans quoi les problèmes de fonds ne sont pas résolus. C’est pourquoi, l’élection présidentielle, ce n’est pas pour maintenant, n’en déplaise aux adorateurs des dates !

K@rl

Bloggeur africain

Processus électoral en Côte d’Ivoire : les insinuations tendancieuses d’un journaliste français

12 mars 2010

Youg Ji Choi

Si vous avez suivi comme moi l’émission matinale de Radio France International (RFI) intitulée « L’invité Afrique » de ce jour, vous avez dû noter qu’il était question pour le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU en Côte d’Ivoire, Monsieur Young Jin Choi, de se prononcer sur les évolutions récentes du processus devant conduire à l’élection présidentielle dans le pays.

Sinon, je veux simplement rappeler que certaines questions m’ont paru déplacées et tendancieuses, comme si le journaliste, Monsieur Christophe Boisbouvier, voulait faire dire quelque chose en particulier à son invité.

La première question, c’est celle de la date probable des élections. Après avoir rappelé que dans un discours récent, le Président Gbagbo s’attend à des élections en avril- mars prochain, là où le Premier Ministre Soro Guillaume lui, parle de juin 2010, le journaliste demande au diplomate ce qu’il en pense. Et j’ai bien aimé sa réponse, qui ramène à la nature du processus et à ses étapes déterminantes plutôt qu’à un fétichisme des dates. En effet, M. Choi a indiqué que ce qui est important pour lui, c’est de franchir le cap de la liste électorale définitive, sans laquelle les prochaines étapes ne peuvent se dérouler. Il a donc insisté pour ne par donner de date, ce que je trouve être l’attitude la plus sensée dans la situation actuelle de la Côte d’Ivoire, marquée par plusieurs problèmes politiques qui n’en finissent pas de s’enchevêtrer.

La deuxième question du genre que j’ai trouvée trop orientée à mon goût, c’est celle portant sur le mode d’élaboration de la liste électorale définitive. Le journaliste a affirmé que le camp présidentiel a demandé que soient expurgés de la liste provisoire les étrangers qui n’ont par le droit de voter en Côte d’Ivoire (comme dans la plupart des pays du monde d’ailleurs !), et a demandé à l’invité ce qu’il en pense. A cette question, M. Choi a répondu tout simplement que cela est normal, pourvu que les contestations se fassent sur la base de preuves tangibles. A ce sujet, j’aimerais rappeler que le passage de la liste provisoire à la liste définitive n’est pas un processus spécifique ni à la situation de crise, ni même à la Côte d’Ivoire en tant que pays : même avant le 19 septembre 2002, le processus électoral prévoyait déjà qu’un travail de filtrage soit fait sur la première liste, pour en supprimer les personnes qui n’ont pas le droit d’y figurer (ivoiriens comme étrangers), et y rajouter ceux qui auraient été omis. Je trouve que cette façon de présenter les choses par M. Boisbouvier est soit une preuve d’ignorance patente, soit d’une naïveté coupable (je me refuse de croire qu’il cherche à faire passer des points de vue partisans). Mais à mon avis, le journaliste a pratiquement voulu faire dire par M. Choi que la liste provisoire sera celle qui servira à organiser les élections.

En tous cas, cet épisode, qui n’est malheureusement  pas le seul concernant RFI, montre que les média sont déterminants dans la compréhension que les personnes qui ne vivent pas la situation en la Côte d’Ivoire peuvent avoir de cette situation. C’est pour cela que je pense que des média alternatifs tels que les blogs, sont vraiment importants pour non seulement bien établir les faits, mais aussi véhiculer des analyses concurrentes qui permettraient à qui le veut de se faire sa propre opinion, sans être obligé de « gober » tout ce qui se dit par la bouche de soi-disant experts de pays que certains d’entre eux n’ont pratiquement jamais visité.

Au demeurant, en ce qui concerne les élections en Côte d’Ivoire, je pense que toutes les énergies devraient se fédérer autour de chaque étape, et les fixations d’objectifs se faire étape après étape. Qu’en pensez-vous ?

K@rl

Bloggeur africain

Election présidentielle au Togo : Faure passe sur fond de contestations

8 mars 2010

Élection présidentielle au Togo : dépouillement dans un bureau de vote

Dans la plupart des pays africains, il semble que l’histoire récente aime à se répéter inlassablement. Difficile de comprendre pourquoi les (contre-)exemples des uns n’édifient pas les autres.

Après le Gabon, c’est le tour du Togo d’asseoir sa dynasite (démocratique) à la tête du pays. En effet, les résultats provisoires du scrutin présidentiel du jeudi 4 mars dernier, annoncés par le porte-parole de la Commission Nationale Electorale Indépendante (CENI), donne Monsieur Faure Gnassimgbé, le fils du père Eyadéma, vainqueur avec environ 60% des voix, loin devant Jean-Pierre Fabre, le candidat de l’Union des Forces du Changement (UFC). Comme il fallait s’y attendre, et cela sans attendre le moins du monde, le candidat déclaré perdant s’est insurgé contre ces résultats qu’il a traités de fallacieux. Pour lui, non seulement la CENI a agi au mépris de ses propres règlements intérieurs, mais plus, les procès-verbaux des 5000 bureaux de votes le donneraient gagnant à près de 55% voir 60% du suffrage exprimé.

Du coup, on se retouve dans une situation bien cocasse, mais somme toute bien habituelle des pays africains. Tellement habituelle que cela est devenu presque normal : une opposition qui va en rangs dispersés à des élections dont elle ne se donne pas vraiment les moyens de peser sur l’organisation, et qui au finish crie au loup ! C’est un cliché dont on se serait bien passé dans bien de pays africains.

Car, rappelons-le, les candidats de l’opposition togolaise auraient pu (dû) s’entendre pour choisir un représentant, bien sûr en arrêtant une clé de répartition du pouvoir exécutif en cas de victoire. A mon avis, si c’est vraiment une opposition par rapport à la façon de gérer de la dynastie Gnassimgbé, et qui veut proposer une alternative idéologique et pratique, l’entente sur un seul nom (de préférence celui jouissant de la plus grande aura auprès du peuple), ne devrait pas poser de problème. C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de croire que chaque fois que l’opposition d’un pays africain ne peut pas s’entendre pour aller aux élections derrière un seul candidat, cela dénote du fait que chacun milite pour lui-même et non pour le peuple, en réalité. Car si ce sont les intérêts du peuple qui priment, si c’est vraiment cela, qu’importe celui qui sera au devant, pourvu que notre idéologie et notre mode de gestion soit adopté pour alléger la souffrance dudit peuple !

Et puis, il faut également se souvenir qu’à la veille de ces élections au Togo, l’opposition avait boycotté les séances du parlement qui ont révisé le code électoral. Elle n’a donc pas participé au débat sur l’organisation du scrutin, mais est quand même allée aux élections. Cela ne vous semble-t-il pas pour le moins incohérent ? C’est vrai qu’on jette souvent la pierre aux partis au pouvoir et à ceux qui dirigent les pays africains, mais il faut également reconnaître que les oppositions non plus ne font pas le poids dans la plupart de nos pays. Et c’est dommage pour les peuples !

En attendant, espérons que l’appel à la marche du mardi 9 mars (demain), lancé par l’opposition pour protester (pacifiquement) contre les résultats de cette élection, ne fassent pas sombrer le Togo dans une situation similaire à celle de mars 2005. Suivez mon regard…

K@rl

Bloggeur africain