Délestage en Côte d’Ivoire : est-ce vraiment fini ?

SEM. Laurent Gbagbao, Président de la République de Côte d'Ivoire

Depuis un peu plus de deux mois, la Côte d’Ivoire vit une situation (in)habituelle de délestage qui nous rappelle étrangement celle que nous avons vécue dans les années 80, et sur laquelle j’ai déjà écrit le 5 février dernier.

Aujourd’hui, je reviens sur ce sujet, parce que je crois que les dernières nouvelles, qui semblent entretenir une certaine euphorie, méritent qu’on s’y attarde un peu.

En effet, dans son adresse à la nation du 13 mars dernier, le Président de la République, SEM. Laurent Gbagbo, certainement sur l’éclairage des techniciens maison, promet la fin du calvaire pour dans quelques jours. Mais dans ce discours, il y a des passages qui ont retenu mon attention et m’ont amené à me poser des questions, questions que je voudrais partager avec vous, mes chers lecteurs :

« La cause essentielle de cette situation, c’est un accidentNous faisons face aux conséquences d’un accident. D’après les spécialistes, le type d’accident survenu à AZITO en décembre dernier est rare. Ni l’Etat ni les opérateurs eux-mêmes ne pouvaient le prévoir survenu le 22 décembre 2009 sur les installations de la centrale d’Azito. Cet accident a provoqué l’arrêt d’une turbine, entraînant une chute brutale de la production d’électricité… « . Moi je persiste à croire que même s’il s’agit d’un accident, non seulement on aurait pu l’éviter en respectant un bon programme d’entretien des installations disponibles, mais également, on aurait pu en limiter les conséquences en prenant les bonnes décisions depuis fort longtemps. A ce propos, je reviens sur les investissements qui auraient dû être faits depuis les années 80 après le premier délestage. Comprenez que mon propos n’est pas de fustiger l’action du gouvernement en place, mais de poser des questions pertinentes sur la gestion du pays depuis sa naissance.

« Au moment de l’accident, nous produisions 830 mégawatts, pour une demande moyenne de 875 mégawatts par jour. Soit un déficit de 30 mégawatts hors pointe. Ce déficit était dû à la baisse saisonnière du niveau de l’eau dans les barrages. La panne survenue à AZITO a réduit la production de 150 mégawatts, portant le déficit à 180 mégawatts, hors pointe« . Voyez-vous, chers lecteurs, cette information montre qu’en réalité, nous sommes dans une situation de « délestage permanent », contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Si la production ne parvient pas à couvrir la demande, pour un bien que l’on ne peut stocker, c’est dire que pour satisfaire tout le monde, il va falloir rationner certains clients à certaines périodes. Et je comprends maintenant ces petites coupures intempestives auxquelles on a fini par s’habituer, tellement elles sont devenues fréquentes et compte tenu de leur courte durée. En fait, on était en situation de délestage « à petite dose », et il a fallu « cet accident » pour qu’on se penche sur ce problème presque vieux comme la Côte d’Ivoire.

Voici encore l’illustration d’une caractéristique de la gouvernance africaine que je m’emploie à décrier chaque fois que j’en ai l’occasion : nous avons des pompiers à la place des planificateurs, et il faut des catastrophes pour qu’on sorte les échelles et les lance-eau…

« La politique des barrages hydroélectriques produisant de l’électricité à bon marché, a été abandonnée au profit de centrales thermiques. Ces infrastructures nous ont certes permis de combler le déficit de production mais elles ont contribué à creuser le déficit financier structurel du secteur. Il est avéré que l’électricité produite par les centrales thermiques est plus chère que celle produite par les centrales hydroélectriques« . Dans un pays tropical où on a le soleil au moins 12 heures par jour 365 jours par an, devant les problèmes de production hydroélectrique (peut-être dus à la sécheresse), on court vers le thermique, et cela résulte en un surcoût que l’Etat a du mal à combler. On entre donc dans un engrenage vicieux qui fait que ce que l’Etat aurait dû utiliser pour faire des investissements dans le secteur, doit être utilisé pour subventionner le bien produit en quantité insuffisante. Quelqu’un peut-il me dire combien coûte la production de l’énergie électrique solaire dans un pays ensoleillé comme la Côte d’Ivoire ?

« Nous avons encore une semaine à subir les délestages, le temps que la turbine d’AZITO soit réparée« . En tous cas, moi, je persiste à croire que tant que les capacités de production n’ont pas dépassé la demande d’au moins un tiers, on n’est pas à l’abri d’un autre « accident ». Ou bien ?

K@rl

Bloggeur africain

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2 commentaires sur “Délestage en Côte d’Ivoire : est-ce vraiment fini ?”

  1. kouadio Says:

    l’accident survenu sur la turbine d’Azito n’est pas la cause mais plutôt la conséquence d’une situation. Nous connaîtront des désagréments de plus en plus importants tant que la planification et l’anticipation ne seront pas intégrer dans nos habitudes. Mieux vaut prévenir que guérir mais hélas en Afrique les efforts sont toujours concentrés sur le ponctuel pour le reste on verra …

    • Karl Says:

      Vous avez totalement raison, mon cher Kouadio. Depuis les indépendances, il semble que la vision prospective des pays africains se soit limitée à cinq années au maximum (période entre deux élections). La question aujourd’hui est de savoir comment amener nos dirigeants, de quelque bord politique qu’ils soient, à planifier plus loin que le bout de leur pouvoir…


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