Madagascar : le syndrôme africain se répète !

Andry Rajoelina

Eh oui ! Les mêmes causes, dans les mêmes conditions, produisent inévitablement les mêmes effets. Et s’il y a, en Afrique, un pays qui illustre bien cette sagesse scientifique, c’est bien la Grande Île, elle qui a connu un long ballet de renversements consécutifs, sous l’oeil toujours approbateur du peuple (ou d’une partie du peuple ?).

Toujours est-il qu’après le dernier renversement en date, celui de Marc Ravalomanane par Andry Rajoelina, le pays est aujourd’hui plongé dans une crise politique dont les malgaches peinent à entrevoir la fin.

Que s’est-il passé ?

En effet, après plusieurs semaines de manifestations au bout desquelles l’armée a fini par prendre position pour lui, le Maire d’Antananarive a fini par prendre la place du Président malgache. On sait que par la suite, sous les auspices de la Communauté internationale (l’Union Africaine, la SADC, l’Organisation Internationale de la Francophonie et les Nations Unies), des accords ont été signés le 8 août 2009 à Maputo au Mozambique, par les quatre chefs de file des tendances politiques malgaches, en vue d’organiser une période de transition. Cette transition, qui ne devait pas durer plus de quinze mois à compter de la date de signature des accords, avait pour objectifs d’assurer la continuité de l’Etat et le respect de ses engagements nationaux et internationaux, de rétablir l’ordre et la sécurité, d’initier le processus « Vérité et Réconciliation », de concevoir et mettre en place des structures étatiques dans le respect mutuel  des diversités dans l’unité, et enfin, d’organiser les consultations populaires (referendum sur la constitution et élections) devant instaurer un nouvel ordre constitutionnel et mettre en place les institutions républicaines et démocratiques.Ces accords ont par ailleurs prévu, pour apaiser les tensions, une sorte d’aministie au profit des personnalités faisant l’objet de poursuites judiciaires, notamment Marc Ravalomanane.

Tout semblait bien parti quand, au grand dam de la communauté internationale, le nouvel homme fort d’Antananarive, Andry Rajoelina, montre des réticences à mettre en oeuvre lesdits accords. Plus de 7 mois après leur signature, on constate que rien n’a vraiment bougé, alors que la transition est censée ne durer que quinze mois.

La décision de l’Union Africaine

Devant le non respect des accords de Maputo, qu’elle impute principalement à Monsieur Rajoelina, l’Union Africaine a décidé de le contraindre à appliquer ce qu’il a signé de sa propre main (voir image ci-dessous), en lui infligeant des sanctions, à lui et à une centaine de ses partisans. Ces sanctions comprennent les restrictions de visa, le gel des avoirs dans les banques étrangères et les interdictions de voyage pour M. Rajoelina et 108 de ses partisans.

Signataires de l'Accord de Maputo

Mais ces décisions, que l’UA espère être endossées (et approfondies) par les autres acteurs de la scène politique internationale, suffiront-elles à faire fléchir le régime de Madagascar ? Rien n’est moins sûr, car dans le camp de M. Rajoelina, on évoque déjà un complot international (inédit) contre le pays. Certains de ses partisans affirment même que ces sanctions « ne leur font ni chaud ni froid », et le Président malgache de se faire passer pour un martyr au service du peuple : « si pour sauver le peuple, je dois subir des sanctions, alors je suis prêt à les assumer ».

Qui sont les vrais perdants ?

Entre-temps, les vrais perdants dans cette histoire, ce sont les 19 millions de malgaches qui, ayant cru en un véritable changement à l’avènement du nouveau régime, ne savent plus trop à quel saint se vouer.

Mais ce qu’il faut vraiment retenir dans cette histoire (valable pour tous les pays africains), c’est qu’il vaut mieux trouver les moyens d’impulser le changement par des voies pacifiques, que d’imposer un régime par la force, quelle que soit la légitimité dont celui-ci peut jouir auprès du peuple. Car l’histoire (lointaine comme récente) de l’Afrique a montré que pour la plupart, ce sont des personnes qui n’ont pas vraiment réfléchi à la direction que doit prendre le pays, et qui se lancent tôt ou tard dans des tergiversations préjudiciables à ceux qu’ils sont censés secourir. A bon entendeur, salut !

K@rl

Bloggeur africain

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One Comment sur “Madagascar : le syndrôme africain se répète !”

  1. Moshe Says:

    Espérons que le Niger va y échapper après les tergiversations de la Guinée-Conakry.
    Le pouvoir grise…et les peuples, après une longue période de ‘souffrances’ sont souvent prêts à applaudir le premier venu. Au moment de se raviser il est trop tard: le peuple est pris en otage par des gens qui ne savent pas quelle direction prendre ni quelle orientation donner à leur propre avenir politique et professionnel en cas d’abandon du pouvoir; la naissance des dictatures…
    En se cultivant dans la documentation et l’histoire politiques récente du monde, on peut éviter des scénarii déjà connus de tous les ‘apprentis-politiciens’.
    ________moshe________


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