Dirigeants africains : « Y a quoi dans pouvoir-la même ? »

Umaru Yar'Adua, Président du Nigéria

Excusez-moi si j’utilise cette expression abidjanaise qui exprime l’étonnement en même temps que l’agacement vis-à-vis d’une situation dont on a peine à comprendre la logique. Voyez-vous, je m’interroge sur la hargne avec laquelle plusieurs dirigeants africains s’accroche au pouvoir. À bien y réfléchir, s’ils mettaient autant de hargne à mener des réformes, il y a bien longtemps que nos pays seraient développés.

Le dernier épisode en date de la série des chefs d’Etat africains « chewing-gumés » au fauteuil présidentiel, c’est bien celui du Nigéria où, en soins (intensifs) depuis le 23 novembre 2009 en Arabie Saoudite, le Président Umaru Yar’Adua semble ne pas vouloir laisser son fauteuil, même à un simple intérimaire.

Et voici ce pays fort de plus de 150 millions d’habitants plongé dans un drame mélancolico-politique typiquement africain. A en croire certains média internationaux, Il faut toutefois reconnaître que le refus de Monsieur Yar’Adua ne suffit pas à lui seul à expliquer la situation. En effet, même la constitution du Nigeria n’avait pas prévu un tel scénario. Selon l’article 144, l’incapacité du Président doit être votée à la majorité des deux tiers des membre du Gouvernement, sur rapport d’un collège de cinq médecins établis au Nigéria, dont le médecin du Président. Et puis, il semble que le transfert des pouvoirs à l’intérimaire devrait se faire par écrit du Président à remplacer. À croire que ceux qui l’ont rédigé ont pensé peut-être qu’il existe une classe d’immortels au Nigéria, au sein de laquelle il fallait toujours chercher un Président ! Bref, les partisans du Président ont joué pendant (trop) longtemps sur ce vide constitutionnel pour faire durer le suspens, jusqu’à ce que la Ministre de la Communication prenne son courage à deux mains pour demander à ses collègues du gouvernement fédéral de reconsidérer la question.

Aujourd’hui, on apprend avec satisfaction que les deux chambres de l’Assemblée nationale nigériane, le Sénat et la chambre des représentants, ont adopté chacune une résolution prévoyant que M. Jonathan assure l’intérim à la présidence, responsabilité que ce dernier a accepté d’assumer.

Mais personnellement, je trouve qu’on a fait une tempête dans un verre d’eau, phénomène explicable seulement par l’amour démesuré du pouvoir d’Etat dont font montre certains hommes politiques africains. Il est grand temps qu’on fasse une enquête auprès ces messieurs (et dame) pour qu’ils nous expliquent pourquoi ils aiment tant le pouvoir, au point, pour certains, de faire relire (réécrire) la constitution…

K@rl

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2 commentaires sur “Dirigeants africains : « Y a quoi dans pouvoir-la même ? »”

  1. moshe Says:

    Le pouvoir grise, il enivre…les tenants et les courtisans.
    Après avoir révélé, quand on était au pouvoir, ce qu’on a dans les tripes, on doute qu’après notre période de pouvoir, on soit suffisamment protégé (de qui?) et suffisamment outillé pour exercer une autre activité lucrative. Redevenir un simple citoyen est une grande hantise.
    Souvent la nuée de courtisans et consorts voyant venir la fin d’une période dorée, fin mal préparée, prennent en otage celui qui est au pouvoir, l' »empêchant » de partir tranquillement.
    Je pense que l’utilisation qu’on a fait de son pouvoir peut aussi déterminer notre volonté de le quitter tranquillement ou pas.
    Ce ‘scotchage’ au pouvoir rappelle étrangement sous nos cieux des vestiges de MONARCHIES ou DYNASTIES de notre histoire récente qu’on s’évertue de perpétuer (après les avoir décriées) par des manœuvres dignes des plus grands acrobates des 2 derniers siècles.
    Si le pouvoir est dilué, partagé, ‘distribué’, il aura UN PEU MOINS d’ENJEU.

  2. kgougouly Says:

    Effectivement, il faut diluer le pouvoir. Je pense qu’on peut déjà faire cela en passant d’un régime présidentiel à un régime parlementaire. Pour ce faire, il faudra bien former les députés et mieux penser les relations entre les trois différents pouvoirs de la démocratie : l’exécutif, le législatif et le judiciaire.


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