Politique ivoirienne : le nomadisme intéressé

Jean-Jacques Béchio à l'AGE du 30 janvier 2010

Depuis l’ouverture au multipartisme en 1992, on a assisté à la naissance en Côte d’Ivoire d’une pléthore de partis politiques. Mais à bien y regarder, tout ce nuage de partis s’organise autour de quelques tendances, qui, à la faveur de la crise déclenchée le 19 septembre dernier, se sont elles-mêmes réparties en deux grandes tendances. Aujourd’hui, il y a d’un côté la Mouvance Présidentielle qui réunit toutes les obédiences gravitant autour du Front Populaire Ivoirien (FPI), et de l’autre l’Opposition représentée par le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP).

C’est vrai que le RHDP n’est qu’une alliance de circonstance, car on sent bien que les partis qui le composent ne sont pas vraiment prêts à accepter une seule candidature pour la prochaine élection présidentielle. Mais la dernière marche des jeunes du RHDP nous a montré que cette tendance est capable d’actions d’envergure.

Cependant, aujourd’hui, la question qui retient mon attention, c’est celle relative à l’agitation grandissante en cette veille d’élections, et qui se traduit par le nomadisme politique. Il s’agit en fait de personnes représentant un certain poids politique soit au niveau national, soit au niveau de leur région d’origine, et qui monnaient cette position au profit de la tendance la plus offrante. Il s’est donc développé, malheureusement, un véritable « marché politique » honteux qui ne fait guère honneur à la démocratie africaine.

Ce nomadisme politique n’est pas nouveau en soi, mais il est devenu plus visible aujourd’hui à cause de l’envergure que lui a donnée l’augmentation des enchères à l’approche des élections. Les exemples sont légions, mais le cas sur lequel je voudrais m’arrêter, c’est celui de Zémogo Fofana et Jean-Jacques Béchio. Voici deux hommes politiques qui, étant au Rassemblement des Républicains (RDR), ont décidé (par conviction ?) de créer un autre parti politique, l’ANCI (Alliance pour la Nouvelle Côte d’Ivoire), et en sont maintenant à couteaux tirés. Les raisons de ce conflit seraient liées à la nécessité de choisir quel camp soutenir dans la prochaine échéance électorale. Et aux dernières nouvelles, il y a eu une Assemblée Générale Extraordinaire de ce parti le samedi 30 janvier dernier, à l’issue de laquelle M. Béchio, anciennement Secrétaire Général, a remplacé M. Fofana à la Présidence.

La situation de l’ANCI est emblématique de la « démocratie à l’ivoirienne », où les formations politiques se forment et se déforment non sur des idéologies politiques, mais comme un soutien à une personne ou à une région. Et tant que le débat politique sera organisé autour des personnes et non des idéologies, la démocratie (qui n’en est pas vraiment une) ne contribuera pas efficacement au progrès des peuples. À ce propos, combien d’ivoiriens se sont donné les moyens de connaître les programmes de société des différents candidats à l’élection présidentielle ? Vous me direz peut-être : on sait tous qu’ils ne feront rien de ce qu’ils promettent. Mais si nous tous, nous leur montrons que nous avons un regard critique et de contrôle sur ce qu’ils promettent, les hommes politiques réfléchiront par deux fois avant de proposer quoi que ce soit, et se verront dans l’obligation de nous rendre compte de leur travail.

Vivement donc qu’on trouve le moyen de déplacer le centre d’intérêt du débat politique, pour que l’Afrique avance !

K@rl

Bloggeur africain

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6 commentaires sur “Politique ivoirienne : le nomadisme intéressé”

  1. haier Says:

    je ne comprend pas ZEMOGO,au lieu de rester a ANCI pour soutenir le RDR,qu’il retourne au RDR,surtout qu’on ne la pas chassé. Kil arrete de se faire ridiculisé dans les medias,laisse bechio,il sera evincé a son tour

  2. Mohamed OUATTARA Says:

    Parfaitement d’accord avec l’analyse de Karl. La question à se poser est de savoir quel est cet électorat captif (dont se prévalent ces nomades politiques) qui est prêt à suivre ces hommes politiques dans toutes les directions contraires qu’ils empruntent ?
    C’est surtout dommage pour ceux qui recrutent à prix d’or ces transhumants, en croyant à leur poids (?) politique.

    • kgougouly Says:

      Merci Mohamed, pour ce commentaire averti. En fait, je crois que c’est surtout l’effet d’annonce qui est recherché : du moment que les journaux en font leurs choux gras, quel que soit le poids réel de la personne en question, ça leur fait de la publicité…

  3. Moshe Says:

    Eh oui, c’est devenu du commerce: on se vend au plus offrant (l’offre se chiffre en monnaies sonnantes QUI FONT TREBUCHER). Aucune pudeur; cela ressemble étrangement à un métier supposé ou dit’le plus vieux du monde’. Si le partage du pouvoir était relativement équilibré, cela diminuerait de beaucoup l’intérêt de se faire acheter. D’habitude la transhumance politique concerne les militants; mais cette fois-ci il s’agit des têtes principales d’un parti politique! Le comble.
    soit on se déclare satellite d’un parti plus important dès le départ (….par les dires, ou faits et gestes), soit on garde sa ligne politique même si cela doit prendre du temps pour se constituer un électorat important: au moins on navigue clairement et cela paye à tous les coups, soit dans sens, soit dans un autre.
    Il est dommage que sous nos cieux la politique ne soit pas un métier mais beaucoup plutôt du mercantilisme. Mais ne désespérons pas. Quand le taux d’analphabétisme, d’inculture aura baissé et que la pauvreté aura diminué (pour éviter la politique du ventre)on assistera à plus d’exigence lucide d’un électorat qui sait ce qu’il attend des prétendants à la présidentielle, à la députation, aux communes et aux conseils généraux. Espérons…Espérons.

    • kgougouly Says:

      « Espérons…Espérons ». Oui, Moshe, espérons. Mais je voudrais dire que si nous voulons attendre que l’analphabétisme et la pauvreté (alimentaire) reculent, ce n’est pas demain la veille que nos espoirs se réaliseront. Au contraire, je crois qu’il faut commencer maintenant à bien expliquer à tous ce que la politique devrait être. Je suis sûr qu’il y a un moyen de faire comprendre les principes démocratique à tout être humain, quel que soit son niveau de culture. Et en faisant cela, on verra que c’est la population elle-même qui, ayant compris certaines choses, réclamera une meilleur gestion du pouvoir. Qu’en penses-tu ?

      • Moshe Says:

        Tout a fait d’accord K@rl. L’alphabétisation dont je parle, peut être faite dans la langue de chaque type de population; la culture est d’abord celle du milieu dont chacun est issu,cela peut aider; avoir la culture d’autres types de population est utile pour le mode de gestion du pouvoir que nous avons adopté: la démocratie. Mais évidement, ce n’est pas séquentiel: les initiatives peuvent se développer simultanément. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre le même temps que les pays à longue tradition démocratique pour arriver à maturité: puisons nos trésors dans leurs expériences passées.
        Dans tous les cas celui qui écoute n’est pas bête: si les concepts lui sont expliqués HONNETEMENT (dans sa langue ou autre), il pourra se faire une opinion et décider en ayant toutes les cartes en main. Il faut donner aux populations les moyens de ne pas se laisser berner…Et pour cela toutes les propositions propres sont les bienvenues.


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